UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

FACULTÉ  DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

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DÉPARTEMENT DE LETTRES MODERNES

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Discipline : ÉTUDES AFRICAINES ET FRANCOPHONES

Jeux et enjeux métatextuels dans Sabaru Jinne. Les tam-tams du diable de Pape Samba Kâne

Article

Diouma FAYE

Tel : 778061150

E-mail :dioumafaye10@gmail.com

Jeux et enjeux métatextuels dans Sabaru Jinne. Les tam-tams du diable[1]de Pape Samba Kâne

Diouma FAYE, École  Doctorale ARCIV, Arts, Cultures et Civilisations, dioumafaye10@gmail.com

Résumé :

L’écriture est un moyen de cerner  la pensée et l’histoire d’une société et l’acte d’écrire est révélateur des préoccupations de l’écrivain. L’écriture laisse parfois transparaitre une double réflexion sur la société et sur la littérature. C’est le cas dans Sabaru Jinne, œuvre dans laquelle le texte est au centre même de la production et, où des questions réflexives sur l’acte d’écrire, le statut de l’écrivain, la littérature, l’art de manière générale, sont subtilement posées, par le biais de la métatextualité. Cette dernière  – avec le préfixe « méta » d’origine grecque qui signifie « au-delà, avec, à propos » – peut être définie, comme un commentaire donné sur un texte donné (métatexte externe). Mais l’on parle aussi et surtout de métatextualité lorsque le texte parle de lui-même, ou provoque une réflexion sur l’écriture (métatexte interne). De fait, par le biais de la métatextualité, Pape Samba Kâne problématise l’identité du sujet écrivant  et les possibilités de (se) construire dans l’écriture. C’est tout un travail  de l’écriture au service d’une double quête identitaire : celle de l’écrivain et celle de la littérature sénégalaise partant celle de la littérature négro-africaine qui s’étant affranchie des normes littéraires européennes, cherche sa voie.

Ainsi, le présent article à la lumière de quelques ouvrages phares tels Palimpsestes[2], Recherches pour une sémanalyse[3], L’intertextualité[4] et autres documents universitaires, étudie les méthodes d’insertion de la métatextualité dans Sabaru Jinne ainsi que leurs enjeux dans le texte.

Mots clés : Métatexte, métatextualité, écriture, Sabaru Jinne, littérature sénégalaise, littérature négro-africaine

Summary : Writing is a means of identifying the thought and history of a society and the act of writing is revealing of the writer’s concerns. Writing sometimes reveals a double reflection on society and on literature. This is the case in Sabaru Jinne, a work in which the text is at the very center of production and where reflexive questions about the act of writing, the status of the writer, literature, art Are subtly posed, by means of metatextuality. Metatextuality – with the prefix « meta » of Greek origin which means « beyond, with, by the way » – can be defined as a given comment on a given text (external metatext). But one speaks also and especially of metatextuality when the text speaks of itself, or provokes a reflection on the writing (internal metatext). In fact, through the metatext, Pape Samba Kâne problematizes the identity of the writing subject and the possibilities of (constructing) itself in writing. It is all a work of writing in the service of a double identity quest: that of the writer and that of Senegalese literature starting from that of the Negro-African literature which has freed itself from European literary norms, Way.

Thus, the present article, in the light of a few leading works such as Palimpsestes, Recherches pour une sémanalyse, l’intertextualité, and other academic documents, studies the methods of inserting metatextuality in Sabaru Jinne as well as their stakes in the text.

Keywords : Meta-text, metatextuality, writing, Sabaru Jinne, Senegalese literature, Negro-African literature

Introduction

Longtemps sur le sillon du modèle occidental, les écrivains africains sont, de plus en plus et impérieusement, à la quête d’une écriture authentique. En effet, l’écriture permet non seulement à l’écrivain d’acquérir de l’expérience, mais aussi elle est un moyen capable de bouleverser certaines choses établies, de bousculer des règles, de passer à travers toutes sortes de frontières. Ainsi, Sabaru Jinne est un essai aussi bien sur la littérature et l’art que la philosophie et le journalisme. Cependant, compte tenu des besoins de cet article, l’accent sera mis essentiellement sur la littérature et l’art de manière générale.

A travers les jeux et enjeux de la métatextualité, Pape Samba Kâne  mène des réflexions sur la création, le processus de la création, sur le statut de l’écrivain et s’interroge sur l’identité des lecteurs : pour qui écrire ? Nous lit-on ? L’écrivain doit-il (ou peut-il) faire une littérature détournée des préoccupations de son peuple, une « littérature de commande » ?  Le livre est aussi une sorte de  réquisitoire contre le statut de ces artistes – écrivains cinéastes, peintres, etc.  – inconnus ou méconnus confrontés à la censure, aux problèmes d’édition, pour ne citer que ceux-là. Cependant, le roman[5] de Pape Samba Kâne est aussi une quête du bonheur, une quête de bien-être mais aussi la recherche de soi car écrire, quoi qu’on en dise, c’est « Penser, rêver, souffrir, jouir, pleurer, rire, aimer, haïr, philosopher…vivre enfin ! »[6]

De fait, nous allons étudier d’abord comment le métatexte s’insère-t-il dans le récit.  Ensuite, nous analyserons les enjeux de ce procédé d’écriture.

I Phénomènes métatextuels comme processus d’écriture

Dans Palimpsestes, Genette définit ainsi la métatextualité :

Le troisième type de la transcendance textuelle, que je nomme métatextualité, est la relation, on dit plus couramment de « commentaires », qui unit un texte à un autre texte dont il parle, sans nécessairement le citer (le convoquer), voire, à la limite, sans le nommer (…) C’est, par excellence, la relation critique. »[7]

Cette définition, bien qu’exacte n’est pas complète et n’englobe pas la définition de la métatextualité telle qu’elle est perçue de nos jours. En effet, pour Laurent Lepaludier, « Le terme de métatextualité a été utilisé pour définir le rapport critique que le texte entretient avec lui-même. »[8] La métatextualité, quant à Bernard Magné « Peut non seulement survenir dans une perspective hétérogène-exogène (d’un texte à l’autre), mais encore dans une perspective homogène-endogène (au sein d’un même texte). »[9] De toutes ces définitions, qui disons-le se recoupent,  il en ressort que la métatextualité est non seulement  le commentaire de l’auteur sur son propre art et sur l’art de manière générale, mais aussi l’ensemble des discours des critiques, éditeurs, chercheurs, etc., sur la production d’un auteur. D’ailleurs, Karl Canvat, « Distingue deux types de métatextes selon qu’ils viennent de l’auteur lui-même (métatextes auctoriaux) ou qu’ils sont issus de la critique (métatextes allographes) »[10]

Les phénomènes métatextuels dans un texte orientent le lecteur donc, guide sa lecture en lui faisant emprunter des sentiers battus par l’auteur lui-même, pour lui faire adhérer à une idée. De plus, ces mêmes phénomènes servent à éclairer certains passages, à donner des explications sur le choix d’un style d’écriture, par exemple. Ainsi, les questions au centre des réflexions métatextuelles sont-elles, l’auteur, l’écriture, le langage, le lectorat, la littérature et l’art de manière générale. Nous allons voir comment cet auteur  aux « appétits de création littéraire »[11] s’y prend pour faire le commentaire de son propre texte.

1- Du métatexte interne

Le texte de fiction, selon Lapaludier, « Sera métatextuel s’il invite à une prise de conscience critique de lui-même ou d’autres textes. »[12] Le métatexte interne ou encore « Le décalque énonciatif »[13] sont de deux types dans Sabaru Jinne. Soit l’auteur convoque ses personnages, soit il s’exprime par le biais d’autres auteurs ou artistes. En effet, par le métatexte et en faveur de ses idées, Pape Samba Kâne fait parler d’autres auteurs, des ténors, des classiques de la littérature mondiale « Des intelligences et des compétences reconnues, des gens ayant autorité.»[14] . Ainsi, même si « La différence entre le commentaire et la  pratique de l’intertextualité est plus de degré que de nature», [15] l’intertextualité est en elle-même un procédé métatextuel.

1-1  Du métatexte auctorial dans Sabaru Jinne

D’habitude, pour traiter des questions de la littérature ou de l’art dans leurs romans, les auteurs parlent par le biais de leur(s) narrateur(s) ou de leurs personnages même si au début d’un passage, entre les lignes ou entre les mots, ils  se trahissent et se laissent découvrir.

Pape Samba Kâne, par la magie de l’écriture, crée un personnage fort singulier, Massata, un écrivain qui souhaite « Entrer dans le vrai monde par cette grande porte des Arts et Lettres. »[16] A partir de ce moment, notre analyse s’établit sur deux romans concentrés en un. Il s’agit d’abord de Sabaru Jinne. Les tam-tams du diable de Pape Samba Kane dont la première de couverture mentionne « roman » et  ensuite des Rêveries sur le réel. Traité de philosophie poétique d’un fou sophiste[17] de Massata, supposé être un « Roman philosophique.»[18]. Massata, lui aussi, comme l’auteur Pape Samba, parle par le biais d’un personnage Talla. Ainsi, Pape Samba crée Massata qui crée Talla. Ces deux derniers sont des personnages de fiction, mais seul Massata est écrivain, et, par ses écrits et commentaires, il « Provoque[e] une réflexion sur l’écriture, sa production, son esthétique ou le statut de l’écrivain»[19] ce qui est un procédé métatextuel si nous nous référons à Laurent Lepaludier.

Toujours, du point de vue esthétique, outre les personnages principaux que sont Massata et Talla, presque tous les personnages (y compris les comparses et figurants) exercent un métier qui a  trait  à l’art, à la parole ou au langage d’une manière ou d’une autre. C’est ainsi que Pape Seex Baax est un réalisateur de films, Lamine un « Guitariste de talent, mais surtout artiste jusqu’au bout des ongles »[20], Aliyuun un « Diogène des temps modernes »[21], Matouty, lui, « Écrivait en un temps record des textes en tout genre d’une qualité littéraire étincelante.»[22]

Cependant, entre l’auteur et le narrateur, la frontière est ténue et bien mince. Massata, le narrateur de Sabaru Jinne, a du mal à maintenir la distance entre lui et le personnage censé parler en son nom. Massata se brouille, puis  le « je » et le « il »  s’entremêlent, se fusionnent, se superposent pour ne devenir qu’un, comme dans cet extrait où le « je » vogue subtilement vers le « il » trahissant ainsi son auteur : « Où est Talla ? » ; « Talla tu veux boire du thé ? » (…) Talla était assis, à moitié endormi, sur un fauteuil épais où il eut droit à un défilé interminable des habitants de la demeure familiale ; chacun ayant un mot pour moi.»[23] Parfois, du « je » au «tu/ il » la distance est infinie, elle suppose le moi d’une part et tous les autres d’une autre et vouloir passer de l’un à l’autre est une entreprise périlleuse. Mais Massata confie que Talla est un personnage «  Derrière lequel il a dû se dissimuler pour se raconter avec plus de confort. »[24] Pape Samba Kâne, confessera plus tard que « C’est toujours l’auteur qui s’exprime d’une façon ou d’une autre »[25] Felwine ne dit-il pas que « Dire “je”, c’est s’affirmer » ?[26]

Par les jeux métatextuels, le narrateur brise la linéarité du récit même. Dans Sabaru Jinne Massata/Talla[27] raconte des souvenirs de son « Enfance et adolescence rendues enchanteresses par son grand-père »[28] mais aussi le processus d’écriture et de création, l’angoisse de l’écrivain devant la page blanche qui peut « Bâille[r] à se fendre  en deux »[29], la passion de l’écriture du moment où « Rencontrer un sujet littéraire, c’est comme rencontrer l’amour »[30]

Par la narration intradiégétique-homodiégétique, Massata jette un regard critique sur sa production, s’auto-évalue en tant qu’ « Apprenti romancier »[31] qui a des « Doutes plus ou moins sincères sur son aptitude à écrire. » [32] Ainsi donc, la métatextualité pour Pape Samba Kâne est  une technique de rupture dont l’objectif est de mettre en relief la crise les codes traditionnels, de provoquer un questionnement et une réflexion sur les conventions esthétiques.

1-2  De l’intertexte comme métatexte dans Sabaru Jinne

L’intertextualité est un procédé qui, tout en convoquant d’autres auteurs de tous les horizons,  est un commentaire sciemment fait sur la production. L’intertexte, comme dirait Delphine Chartier, « A une fonction métatextuelle qui conditionne la réception de l’œuvre dans toute son épaisseur ».[33] Cependant, il ne s’agit pas de convoquer n’importe quel auteur mais de faire parler ceux qui ont écrit à peu près les mêmes choses sur lesquelles, l’auteur entend parler. Aussi, dans Sabaru Jinne, la citation s’insère-t-elle, parfois, on ne peut mieux harmonieusement dans le texte où une note de bas de page en signale la source.  En effet, « Comment peut-on vouloir dire la même chose et se fatiguer à pasticher ? Et voilà, j’ai donc emprunté ! »[34] Massata/Talla emprunte ;

Ce qui, en soit, n’est ni interdit ni nouveau, mais encore faudrait-il choisir chez qui s’endetter sur le marché littéraire. Et s’assurer de pouvoir rendre l’emprunt sans tomber dans le contre-type, la réplique, voire même le duplicata, faute d’habilitation à agioter la dette. Sur ce marché, on trouve tout, son contraire et n’importe quoi: des contre-valeurs, et même des valeurs  piégées. [35]

Les textes des auteurs convoqués par le biais de Massata et qui invitent à « Une prise de conscience critique »[36] ont une fonction métatextuelle  et témoignent de l’absolu nécessité d’écrire du moment où l’écriture est la – seule –  voie pour « être », comme en atteste cet extrait : « J’écris, donc, je pense donc je suis !  Et puisqu’il faut bien admettre que je suis, rien n’étant plus légitime pour justifier faire quoi que ce soit que le fait d’être, cette légitimité entraîne bien évidemment celle d’écrire. »[37]

Par le commentaire de son propre texte, l’auteur montre le besoin qu’il éprouve et qu’éprouve aussi chaque homme à philosopher. Philosophie comme quête de soi, donc comme quête du bonheur. A cet effet, quel philosophe donc convoquer – ou invoquer c’est selon – si ce n’est Epicure  qui dans sa « Lettre à Ménécée » relate les préceptes du bonheur repris dans  Sabaru Jinne.

Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux.  Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitif, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir. »[38]

Du reste, l’évocation de  certains personnages comme Paa Gadiaga est un prétexte pour parler encore de la philosophie. Parce que ce gardien de  cimetière, « Pour avoir choisi cette vie […] était, plus que certainement, un philosophe. Diogène, dit-on, dormait dans un tonneau ; lui, il dormait dans un tombeau. »[39]

La fonction métanarrative qui est « Une fonction de régie explicite [consistant] à commenter le texte en signalant son organisation interne »[40] permet à Massata de justifier l’absence d’intrigue  dans le roman en convoquant Charles Baudelaire, « Un auteur ayant un talent du diable.»[41]

Le roman, dépourvu d’une quelconque structuration est, non seulement la narration du processus de création de l’œuvre elle-même, mais aussi une lecture des Rêveries de Massata. Tout ce que nous savons de ce Traité de philosophie poétique d’un fou sophiste se passe en une nuit où Massata nous lit des passages en choisissant des pages au hasard. Par ailleurs, un passage plus ou moins long a été décrit deux fois ; d’abord de la page 9 à la page 11, puis de la page 56 à la page 58. A cela, s’y ajoute  le fait qu’il n’y a pas une seule intrigue dans le récit, mais plusieurs intrigues qui s’imbriquent, se démantèlent et se démembrent en même temps. De fait, tout lecteur peut lire le livre en ouvrant les pages «  au hasard ».  S’il tombe sur un passage en italique  ou en roumain, il peut continuer sa lecture car avec la complexité des trames c’est comme si chaque page avait sa propre histoire. Aussi, le narrateur use-t-il de l’intertextualité comme procédé métatextuelle pour se justifier auprès du lecteur :

«Commode pour moi. Commode pour vous. Commode pour le lecteur. Nous pouvons tous couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture ; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superflue. »[42]

Massata qui aime la nouveauté, l’exploration dans le domaine de la littérature, fait un « Apprentissage chaotique du savoir, des savoirs, surtout des savoirs créatifs »[43]. Il s’intéresse à Kundera dont il semble partager le point de vue – compte tenu de l’esthétique de l’œuvre –quant au « Roman moderne qui [s’est laissé] ligoter par l’impératif de la vraisemblance, par le décor réaliste, par la rigueur de la chronologie. »[44] Il faut dire que la  littérature mondiale est bien représentée dans Sabaru Jinne avec des écrivains ou philosophes sénégalais (Senghor, Socé, Ahmadou Lamine Sall ), grecs (Socrate, Epicure), français (Baudelaire, Diderot), allemands (Nietzsche, Heidegger), suisse (Alexandre Jollien), persans (Hafez, Rudaki, Omar Khayyam), Russe (Bakounine), entre autres.

Sabaru Jinne étant une réflexion aussi bien sur le bonheur que sur l’art de manière général, l’intertextualité n’est pas le seul procédé au service de l’écrivain. Le cinéma comme la musique  sont métatextuels dans la mesure où ils permettent au narrateur d’émettre des commentaires sur sa production et sur  d’autres productions. La musique, par exemple, témoigne des changements et prospections de Massata  et de  ses amis « Artistes improbables, ou réels talents en peinture, sculptures, musiques, etc., ne demandant qu’à éclore.»[45] Ces derniers se nourrissaient de rock avec les Beatles[46], de jazz avec des morceaux d’icônes telles Thelonious Monk, Sydney Bechet, John Coltrane, Miles Davis, etc. Puis, ils passaient de la musique jazz, musique qualifiée tour à tour de «musique difficile »[47] ensuite de « musique intellectuelle »[48] à la musique reggae  qui leur

Fournissait par sa rythmique, ses thèmes, son histoire, son esthétique même, un refuge pour leur rage de vivre, pour leurs révoltes intérieures et rêves de révolution culturelle, pour leur lassitude face à une domination de l’Occident qu’ils se savaient condamnés à endurer leur vie durant. »[49]

L’évocation du septième art, quant à elle, permet de jeter un bref regard sur ce qu’est le cinéma au Sénégal dans les années 1970-1980 où les cinéastes de cette génération parlaient eux aussi d’un « Nouveau cinéma », en pensant à Wim Wenders et Fassbinder, cinéastes allemands [50]

2-2 Du métatexte externe

La métatextualité dans cette section est non fictionnelle parce qu’il s’agit de commentaires d’auteurs de critiques, d’éditeurs ou de journaliste – des personnes non fictionnelles – et qui portent sur l’œuvre en question.

Publié récemment, Sabaru Jinne a suscité un intérêt tout particulier aussi bien chez les lecteurs que chez certains écrivains et universitaires. L’originalité de l’œuvre réside en ce que chaque lecteur essaie de l’inscrire dans un genre déterminé ou dans plusieurs genres à la fois.

Intéressons-nous d’abord à la paratextualité qui est, sans nul doute, métatextuelle du fait même de sa fonction critique. Sur la quatrième de couverture, l’éditeur Amadou Lamine Sall parle de roman-essai. Or  la première de couverture porte la mention « roman ». Il appert que l’auteur a bien voulu – ou a cru – faire un roman, genre qu’il considère, par ailleurs,  comme une « Espèce de Graal.»[51]

Concernant Sabaru Jinne, le professeur Amadou Ly parle de roman « Puisqu’il y a des repères spatio-temporels, des faits, des explications, des confidences,[…]le lecteur a éprouvé tels ou tels sentiments au fil de sa lecture, et referme le livre avec une impression, une sensation, un sentiment, un jugement. »[52]

Dans un entretien qu’il a accordé à Habib Demba Fall, Amadou Lamine Sall confesse qu’il faudra bien

S’identifier au diable pour trouver où classer cette œuvre. Disons pour guérir nos maux de tête: c’est un roman, une œuvre de l’imagination. Mais, bien sûr, que c’est plus que cela. Un de nos membres du comité de lecture des Editions Feu de Brousse parle à la fois de roman dans le roman, roman à tiroirs, roman puzzle, roman de mœurs, roman psychologique, roman d’initiation, roman autobiographique, roman historique. Pour dire combien le lecteur devra être outillé pour sortir de ce labyrinthe. Et voilà l’intérêt de ce texte. Il innove ! »[53]

Dans une note de lecture, Cheikh Tidjane Lam parle d’une «  Sorte d’autobiographie »[54] en parlant de Sabaru Jinne cependant que l’auteur du livre susmentionné nie l’autobiographie parce que

Les romans autobiographiques sont souvent des romans d’aventure, on raconte une épopée :« tout pauvre, j’ai grandi, je me suis battu j’ai travaillé, j’ai fait l’école ou je n’ai pas fait l’école, je suis devenu président de la république ». Or pour le personnage de fiction Massata, il n’y a pas d’aventures, il n’y a pas de traversée de montagnes. Les rares aventures physiques  sont reconstituées dans sa tête soit à travers ses écrits, soit à travers ses sosies.[55]

Néanmoins, toutes les classifications de Sabaru Jinne sont, on ne peut plus, exactes : roman, roman philosophique, roman historique, roman autobiographique, roman-essai. Successivement, nous essaierons de montrer en quoi chacun de ces termes est juste. En effet, Sabaru Jinne peut mériter le qualificatif de roman dans la mesure où le roman est

Un genre aux « lois » souples et les textes contemporains qui s’en réclament se caractérisent par une « impureté » générique et une instabilité esthétique déroutantes. Les fondements traditionnels du genre sont mis à mal et ne semblent plus pertinents pour rendre compte des œuvres modernes. »[56]

L’œuvre est en elle-même philosophique parce que, comme écrit Massata : « Se raconter c’est philosopher.»[57] Elle est un roman historique à cause des dates et des multiples repères historiques qu’on y trouve : les indépendances, puis la désillusion suite aux indépendances ratées qui ont eu des conséquences dramatiques dans certains pays d’Afrique ; la révolution française de 1789,  « La défaite française dans la guerre d’Indochine, en 1955… »[58] ; la chute du mur de Berlin en 1989, l’élection de Karol Vojtyla ou Pape Jean-Paul II, précisément le 16 octobre 1978, le premier festival mondial des arts nègres en 1966, pour ne citer que ceux-là. Rappelons aussi que tout ce qui s’est fait de culturel, de politique dans le Sénégal des années 1960-1980 y est relaté.

Quant à ceux pour qui Sabaru Jinne est un roman autobiographique c’est parce que, soit ils ont connu l’auteur et croient retrouver quelques éléments de sa vie dans l’œuvre, soit ils se sont laissés guider par le réalisme de l’œuvre. On est en droit de parler de réalisme

Lorsque le texte procure une impression, un effet de réel, ce qui est le cas le plus fréquent dans notre tradition romanesque […] Il s’agit d’un effet de ressemblance construit par le texte et par la lecture entre deux réalités hétérogènes : le monde linguistique du texte et l’univers du hors texte, linguistique ou non (paroles, objets, personnes, lieux, évènements…). »[59]

Pour les tenants de cette thèse, Pape Samba et Massata/Talla ne seraient qu’un seul et même personnage ! Tout laisserait à le croire, de plus,  le narrateur et l’auteur ont le même patronyme. En effet, quand dans la narration de ses souvenirs d’enfance, Massata écrit : « Après moi, venait toujours le tour de Seynabou Lô. La pauvre ! Timide comme personne, elle avait la malchance d’avoir été placée là par l’ordre alphabétique »[60], le lecteur se plait à croire que Seynabou Lô ne pouvait passer qu’après Massata Kâne[61] ce qui est le cas d’ailleurs puisqu’en  parlant d’une soupe de l’invention de Massata, un de ses amis  la qualifia de «Tripes de Kâne » et le narrateur d’ajouter : « De mon nom de famille.»[62]

De plus, presque tous les lieux évoqués sont réels : Médina, Sumbejun, Tilène, Pikine, Saint-Louis, Zaïre, France…, de même que la plupart des  personnages, écrivains ou artistes : Doudou Ndiaye Rose, Abdou Anta Kâ, Chérif Adramé Seck, Souleymane Faye, Douta Seck[63]

En outre, des éléments de la vie de Pape Samba et Massata se recoupent. Tous les deux ont une écriture laide[64], tous les deux ont une valise dans laquelle ils gardent leur manuscrit,[65]tous les deux ont un rapport particulier avec la poésie[66] et tous les deux ont vécu, un temps,  à la villa114.[67] Felwine aurait dit : autant de  « Détails de la vie privée de l’auteur trahis par l’acte d’écriture [ !].»[68]

Cependant, des oppositions et des contradictions subsistent lesquelles peuvent faire penser que Massata n’est pas Pape Samba mais un personnage fictif, et seulement cela. Par exemple, Massata n’a pas eu une carrière journalistique tout le contraire de Pape Samba qui a fait plus d’une trentaine d’années dans le journalisme. Eh, oui ! Ceci  est un « Travertissement. »[69] Et c’est l’occasion pour nous de rappeler que l’écrivain doit être considéré comme un créateur libre pouvant se jouer de tout : de nos croyances comme de nos sentiments.

Mais comme l’a écrit Tadie, « Les lecteurs ne se contentent pas de ce que leur offrent les romans, ils veulent s’assurer qu’il  y a une réalité derrière la fiction, une personne derrière(ou dans) le texte. »[70] Toutefois, à la question suivante : « Massata et Talla étant un seul et unique personnage, est ce que  Pape Samba/ Massata-Talla  ne seraient pas eux aussi un seul personnage? Pape Samba Kâne a répondu par ce qui suit :

Le roman « Sabaru Jinne » est à la fois confessions et leurres. Je confesse quelque chose mais la confession elle-même est une sorte de leurre pour égarer le lecteur. Et tout le roman est un jeu où je prends des choses factuelles, réelles, nettes, précises, sans amendement.[71]

Leurres et lueurs [72]donc !  Et bien des classements ou propositions de classement pour la même œuvre. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle Pape Samba Kâne affirme que « Ceux qui parlent de roman inclassable n’ont pas tort. »[73]

Serait-il possible pour  l’écrivain sénégalais ou africain  d’écrire « sainement » sans que ses problèmes ou ceux de son peuple  ne figurent d’une manière ou d’une autre dans ses écrits ? Et, pour le cas de Pape Samba Kâne, comment écrire sereinement sans évoquer la politique « Ce bien grand mot ! Incernable, magique, menteur et fascinant »[74], sans parler du journalisme, « Cette force littéraire orale »[75] à qui il manquait un « Vent de liberté »[76] et sans parler surtout de la littérature, de l’art ? De fait, l’œuvre a ainsi vogué naturellement du roman tout court au « Roman philosophique » avec de forts relents biographiques.»[77] Puis,  A la page 46, l’on nous  parle de « Roman d’apprentissage.»[78] Toutes ces définitions sont un processus au terme duquel l’essai s’impose : « Á ce stade de mon essai,[écrit Massata] je m’en tiens à mon engagement à philosopher »[79]

Pour notre part, nous considérons que Sabaru Jinne, bien qu’étant une fiction, est bel et bien un essai. Essai sur la littérature et l’art, essai sur la philosophie, essai sur le journalisme mais aussi essai sur le bonheur. Sans pourtant verser dans « L’auto-contemplation »[80], il est aussi un essai sur l’ensemble de sa production présente dans l’œuvre même : Sabaru Jinne, Rêveries sur le réel, Graine d’espérance (recueil poétique), une fable ou une «Réalité rêvée »[81] sur Nidra Longfellow de Grandval[82] « Petite-fille d’Ernest Hemingway », une  « Série de chroniques, critiques d’art, critiques sociales et politiques, facéties littéraires »[83] dont « La lettre et le fainéant », «  La raison du cœur », « La chambre à coucher du soleil »,  «Qui veut noyer sa rage de vivre…», « Du rat et de l’art… de vivre ». Ce dernier  est « Un traité sur l’énigmatique, spirituel, espiègle et extravagant hasard qui fait de rat une anagramme d’art »[84] et pourrait s’entendre aussi comme « Du malheur et de la joie d’être un artiste ». Toute cette production est plus ou moins commentée dans l’ouvrage.

Le terme « essai », issu du latin, signifie « juger, examiner ». Toutefois, de nos jours, « L’essai tend à désigner, dans le vocabulaire de la critique littéraire, le commentaire ou le métatexte »[85] selon  Olga Hel-Bongo. L’essai est, pour Pape Samba Kâne, le genre littéraire tout désigné pour mener des réflexions, sur l’écriture, sur la littérature, la peinture, l’art, mais aussi pour s’auto-évaluer, se critiquer, etc. De fait, Pape Samba Kâne, ne saurait être seulement un écrivain il est aussi un essayiste. Ce dernier serait « Le complice de l’écrivain, son porte-parole et son théoricien [et] l’essai propose une esthétique fondée sur la notion d’engagement autour de la réhabilitation de la race, des valeurs et de la culture noire, en même temps qu’il dicte une attitude politique aux écrivains noirs. »[86]

II- Enjeux métatextuels

Si tous les écrivains devaient répondre à la question : Qu’est-ce que l’écriture ?, toutes les réponses ne seraient pas identiques, assurément. Chaque écrivain entretien un rapport singulier avec l’écriture. Si selon Cheik Aliou Ndao, « L’écriture [est un] acte libérateur [qui] délivre d’abord le créateur »[87] pour Felwine Sarr, « Écrire est un acte paradoxal d’affirmation et d’annihilation. »[88] Quant à Veronique Tadjo « L’acte d’écriture implique le refus de la  vie telle qu’elle est »[89] Le Clézio « Se fabrique un destin »[90] avec l’écriture. Celle-ci est une question de vie pour Jean-Paul Sartre, qui écrit : « Je suis né de l’écriture […] je n’existais que pour écrire […][91]

A cette même question, l’auteur de Sabaru Jinne réponds par ce qui suit : « Si je devais vous répondre en wolof, je vous dirai : « Tayoumako[92] » [écrire est] Une sorte de besoin. Quelque chose  d’impulsif. »[93]

L’écriture relève d’une quête du bonheur. Ceux qui vivent avec un poids sur le cœur trouvent un moyen de l’évacuer à tout prix par la danse, la musique, la peinture, l’écriture, etc. Pape Samba Kâne utilise cette dernière pour s’affirmer, parler de ses plaisirs et de ses « déplaisirs » et exorciser ses démons. Ecrire, lit-on dans son œuvre,

C’est penser, avec plaisir ou dans la douleur, mais toujours avec bonheur; le bonheur de rendre à la vie quoi qu’elle nous ait donné de plaisant ou de déplaisant : le feu du soleil, le vent du ciel, le vent de l’eau, l’eau de la lune, le regard des femmes, la peau des femmes salée par les vents de la mer, les parfums de femme, les rires d’enfants… les pleurs aussi.[94]

Dans ce cas, l’écriture naît d’un suprême besoin et a une fonction thérapeutique. De plus, comme l’écrit Amadou Ly, « Écrire, ce n’est pas principalement penser, se penser c’est surtout se panser, panser son âme de blessures douloureuses et lancinantes »[95] afin d’atteindre le bonheur,  cette quête désespérée que tous les humains ont entreprise un jour. Pape Samba Kâne, pourtant renie le bonheur. Aucun homme ne saurait prétendre avoir le bonheur dans ses mains ; il peut avoir la joie de vivre mais pas le bonheur. Le bonheur, confesse l’auteur,

Est une quête. Le jour où l’on tient le bonheur on devient idiot[…] on ne peut pas être heureux quand on regarde l’état islamique, quand on pense qu’il y a des gens qui meurent de faim[…]C’est une ponctuation de la vie. Par contre, additionner des joies est un moment de bonheur.

Au summum du bonheur, Massata s’exclame « Pourquoi faire de la littérature ! [ceci parce qu’] il était sur un nuage, tout à son bonheur de se sentir l’élu du cœur d’une femme sublime.»[96] Mais suite à sa rupture douloureuse avec Josiane « Celle dont l’ombre le poursuivra sa vie durant[97]»,  il décide

De sortir tout ce qui s’était aggloméré dans sa tête comme projet d’écriture[…] Et il avait[…]  écrit une quantité de textes dont une histoire tirée de ce mystère aujourd’hui encore non élucidé. Ces séances de tam-tam nocturnes dont personne n’a jamais su situer les lieux où elles se déroulaient [98]

C’est cela la littérature. Elle est catharsis.

Ainsi, à défaut de pouvoir conquérir le bonheur, Pape Samba Kâne s’attache à la joie de vivre comme il le fait dire ou le fait écrire plutôt à son personnage principal qui « Se souvient avoir écrit, il ne sait plus où : «  Mon grand-père, comme un entremetteur enthousiaste, m’a fait rencontrer la joie de vivre, et, depuis, celle-ci n’a jamais pu se débarrasser de moi.»[99]

Du reste, l’œuvre intègre cette allégresse dans son esthétique même. La lumière jaillit quand on s’y attend le moins comme avec ce passage : « Puis ce fut la Médina ! Ses rues sombres […] ; puis la rue 4, plus sombre que toutes. Nous nous arrêtâmes devant ce qui allait devenir, pendant une quinzaine d’années encore, mon foyer. La maison, très grande, était illuminée[100] », puis à « Un paysage lunaire un peu inquiétant, bordé de part et d’autre par une végétation squelettique spectrale »[101] se substitue « Un spectacle inouï […]une manifestation colorée et bruyante.[102] Nul passage « triste » n’est écrit que ne vient balayer sitôt des scènes comiques et parfois féériques comme cet « Abracadabrant show »[103]d’un magicien où « Des mouchoirs, des paquets de cigarette tombèrent du ciel (…) Un vieux foulard [transformé] en collier en or. »[104] Nous n’oublions pas le fameux sabar plein de lumière et haut en couleur des « Administrés invisibles.»[105] Ce qui fait de Sabaru Jinne une œuvre « joyeuse » avec son final « Á la Walt Disney.»[106]

Cette œuvre est  aussi une réflexion sur l’écriture.  Si l’on « Est abonné aux galères [ et que celle-ci]surviennent à échéances irrégulières »[107] l’écriture s’impose comme thérapie. Sabaru Jinne n’a-t-il pas été écrit « Dans des souffrances psychiques  atroces » ?[108] Ainsi Pape Samba va (en) quête de l’écriture, de la littérature. Parfois, il arrive que cette dernière choisisse de se lier avec quelqu’un. De la sorte, malgré le fait que son enfance et son adolescence soient « Particulièrement fécondes en feuilles mortes à forces de bâiller, mortes et rageusement froissées avant que d’être jetées,[109] écrire devenait une obligation du moment où les vagues de la mer lui « [ordonnait] rageusement d’écrire, en explosant sur les rochers, ou, par clapotis confidents et caressants [lui murmurant] ses encouragements à écrire et écrire encore. »[110]

D’une inspiration féconde et d’une « Frénésie créatrice »[111], l’auteur est à la recherche de sa propre identité et souhaite répondre à des questions : Qui suis-je ?  Où vais-je ?  Quelle est ma voie et que vais-je devenir ? Ainsi, il passe d’étape en étape, de parcours en parcours au cours duquel, il fut habité par un « esprit rastafari, un esprit hippie, un esprit pacifiste,[…] un esprit twiste, un esprit « Make love not war » et bien d’autres utopies encore, à une époque qui se cherchait, un quartier et des gens qui se cherchaient aussi.»[112] Néanmoins, cette recherche identitaire, cette quête de soi s’accompagnait d’un grand besoin de liberté, et de liberté d’expression d’où ces questionnements : « Voulait-il devenir écrivain, mais quel écrivain ? Romancier, essayiste, poète ? Il voulait être cinéaste ? Scénariste ou réalisateur ? Tout cela était-il pour lui plus tentant que le théâtre ou encore la peinture ? »[113]

Le livre de Pape Samba est aussi un engagement à passer du « Coq à l’âme »[114] au « Coq à l’arme…l’arme d’écrire à l’aube, l’âme en peine ou en fête, qu’importe pourvu que ce soit de l’art !»[115] Un engagement à dénoncer la décadence de l’art qui perd lentement de sa grandeur.

Après la désillusion née suite aux  indépendances ratées, plusieurs pays d’Afrique vécurent – certains continuent de l’être – dans des conflits. Au Congo, en dépit de ces faits, une chose « Est née qui restera sublime, et on le doit aux artistes, c’est la rumba congolaise »[116] L’art crée du beau en dépit de l’horreur, il fait renaître l’espoir quand rêver n’est plus permis. Comme l’homme a besoin d’oxygène pour survivre, dixit Césaire, il a besoin d’art et de poésie.[117]Au Sénégal, il n’y eut pas de grande violence et les artistes – cinéastes, écrivains, peintres, musiciens, etc. –  sous la coupole du poète-président,

Avaient grandi dans une ambiance de fête permanente [ce fut un] temps d’abondance, de lumière, de projection vers un futur sans ombres. De visites officielles colorées. De productions artistiques indolentes et frivoles. D’argent qui circulait. Temps du Festival Mondial des Arts nègres de Senghor, en 1966 (…)[118]

A cette époque de lumière de l’art sénégalais, les artistes autochtones ainsi que des artistes venus « D’Haïti, des poètes, des enseignants, des hommes de théâtre, intellectuels en tous genres fuyant les horreurs de la dictature»[119] se sont  rassemblés et « Ont produit une culture sénégalaise féconde en ces années auxquelles le pays doit son rayonnement artistique qui, aujourd’hui, vacille. »[120]

Que reste-t-il de ces années de gloire ? L’art au Sénégal semble reculer. Pour Pape Samba Kâne, il est impératif de changer les choses. De remettre l’art à sa noble place. Les artistes aussi. Ceux-ci devant être mieux connus et reconnus. Citons parmi ceux-ci :

Jo Ouakam, artiste jusque dans les clignements de ses yeux, le mystique en lévitation intellectuelle, découvreur de talents, généreux et prospectif. Jo, pédagogue enraciné qui n’ignore rien des pulsions d’un pays, le Sénégal qu’il adule mais houspille tout le temps pour qu’il reste en éveil ! [121]

Et, Doudou Ndiaye Rose qui de son vivant a « Réhabilité[é] une certaine culture sénégalaise absente de la scène internationale depuis le départ de Senghor du pouvoir.»[122]

Que dire des écrivains sénégalais ? L’auteur exprime les difficultés auxquelles se confrontent les hommes de plume. Par ailleurs, le rêve de Massata met en exergue la situation inconfortable des écrivains. Il s’agit d’une assemblée de personnes réunies et attendant l’arrivée d’un certain écrivain alors que près d’eux une meute de chien jappe bruyamment. Enfin, quand arrive l’écrivain, il répond aux questions de l’assemblée comme dans un entretien:

Khadija, en fait, ne parle à personne. Il n’y a personne derrière cette porte. Il faut comprendre ces scènes où la conteuse, rémunérée pour ses prestations, vient parler au vide noir qui se trouve derrière cette entrée comme une métaphore sur la condition de l’écrivain africain. Nous écrivons d’abord pour des gens, nos compatriotes, qui ne nous lisent pas : les uns ne comprennent pas la langue que nous utilisons pour écrire, les autres ne peuvent se payer les livres, qui sont chers. [123]

En effet, bien qu’il y ait beaucoup d’écrivains sénégalais la plupart de ceux-ci ne sont pas bien connus pour deux raisons principales. La première demeure que les livres sont parfois chers surtout pour leurs principaux destinateurs : les jeunes. C’est vrai qu’un livre est un savoir et le savoir n’a pas de prix. Cependant, pour certains sénégalais acheter un livre fréquemment – au rythme des éditions – est un luxe qu’ils ne peuvent pas s’offrir.

La deuxième raison est qu’en dépit du coût élevé des livres, les jeunes  ne lisent guère, ils sont devenus esclaves de la technologie, de facebook, whatsapp, Snapchat…et lorsqu’il s’agit de s’instruire, certains préfèrent trouver un résumé sur Internet plutôt que de lire l’œuvre en question. Or  les textes littéraires, selon Karl Canvat, éclairent les lecteurs

Sur eux-mêmes et sur ceux qu’ils côtoient, les aident à comprendre et à évaluer situations et comportements, les enrichissent d’expériences imaginaires et contribuent ainsi à leur formation personnelle grâce à ce que certains sociologues de la lecture appellent joliment « un prêt-à-porter identitaire »[124]

Ainsi, l’auteur prend « Mille précautions convoque mille chicaneries pour espérer garder, ne serai-ce qu’un lecteur indulgent » [125] pour trouver ensuite un terrain d’entente entre lui et le lecteur : « Je ne suspendrai donc pas ma volonté – le temps que nous passerions ensemble – à une intrigue quelconque, une logique quelle qu’elle soit. Ainsi pourrais-je interrompre ma rêverie quand je voudrais, et vous, votre lecture… »[126]

L’autre obstacle qui  fait que les écrivains sénégalais ne soient pas lus est la langue d’écriture : le français. Au Sénégal,  la majeure partie de la population s’expriment à travers les langues nationales. Et le français est destiné à une élite. Par conséquent, écrire dans cette langue c’est courir le risque de ne pas être (bien) lu. Cependant, y a-t-il vraiment d’autres possibilités qui s’offrent à nos auteurs ? Car même si le français est une langue

Médiatrice entre eux et toutes ces richesses culturelles universelles, [elle] aliénait en même temps leur relation à elles d’une façon ou d’une autre. Faire avec ? C’était tentant. Parce que c’était agréable. Et rien que d’écouter Jacques Brel, de lire Rimbaud, Boris Vian ou Sartre le laissait admettre. Sans parler de la lancinante question : « Que faire, sinon ? » A peine codifiées, les langues nationales, alors dans des classes expérimentales, faisaient l’objet de querelles linguistiques et grammaticales plus politiques que scientifiques qui en ont plombé le décollage. [127]

En outre, parmi cette minorité maîtrisant le français, combien d’entre eux perçoivent le message transmis par les écrivains et artistes ? Ils nous écoutent, écrit l’auteur,  mais nous entendent-ils, vraiment ?[128] L’écrivain  sénégalais – africain – parlerait-il « Á un trou noir » ?[129] Ce qui serait vraiment désolant du moment où certains jeunes souhaitent vivement «  Se construire un avenir dans leur pays, par le cinéma, la littérature ou toute autre activité artistique »[130] plutôt que de choisir l’émigration.

Par la graphie des noms (de personnes ou de lieux) soit en wolof soit en français, l’insertion directe de mots wolofs dans le texte[131], les néologismes[132], le titre même du livre en wolof pour un roman en français, Pape Samba Kâne prônent aussi bien l’authenticité culturelle, sociale que  l’ouverture à l’Autre. D’ailleurs,

La littérature est universelle. Quelle que soit la langue qu’on utilise pour faire un roman, on écrit à partir de soi, on écrit avec soi, on écrit ce qu’on est. Et cette culture qu’on transmet […] elle n’est pas toujours traduisible dans la langue d’expression. Ce qui m’a amené à penser que n’importe quel lecteur doit faire l’effort de s’approprier la culture de cet écrivain-là. »[133]

L’édition et ses problèmes, la qualité de l’écriture sont aussi au  centre des réflexions de Sabaru Jinne. Il serait erroné de dire qu’il n’y a pas beaucoup d’écrivains sénégalais. Le problème majeur qui se pose est non pas la quantité de production, mais la qualité de celle-ci. L’éditeur Amadou Lamine Sall parle de « chaos » en ce qui concerne la littérature sénégalaise[134].Or, il appert qu’on ne peut plus parler de littérature dès lors que des problèmes syntaxiques ou sémantiques font obstacle au mérite d’une œuvre.  Pour reprendre, l’éditeur, « Nul n’est obligé d’écrire en français. Il faut écrire dans la langue que l’on maîtrise et quelle qu’elle soit. C’est un problème de respect. »[135]

Conscient de ces enjeux, l’auteur construit minutieusement ses phrases et choisit ses mots prudemment dans « L’immense foule grouillante, colorée et prolixe du vocabulaire français.»[136] J’ai essayé, nous confie-t-il,  de donner du respect à cette langue en essayant de bien utiliser le mot qu’il faut à la place qu’il faut. Il y a des phrases du livre sur lesquelles je suis revenu, et encore. […]Je lutte avec la phrase des heures et des heures. »[137]

La qualité de la littérature sénégalaise est un problème de taille qui demande des mesures impératives cependant que les principaux acteurs sont les  éditeurs. Certaines maisons d’édition doivent être plus strictes sur la valeur des ouvrages et faire peu de cas des revenus faciles que peuvent générer le nombre déroutant de ces impressions afin que la littérature sénégalaise puisse retrouver son prestige aussi bien au niveau national qu’international. Amadou Lamine Sall affirme et prévient en même temps :

Certaines personnes  ne peuvent plus attendre que des maisons d’édition comme la nôtre leur fassent des notes de lectures qui prennent au moins six mois avec des recommandations de réécriture de  leur texte. Elles filent tout droit payer de leur poche la publication de leur ouvrage chez un éditeur moins regardant, mais à la facture bien salée. Nous ne critiquons personne. Chacun est libre de faire son choix. Mais que l’on ne vienne pas nous parler de la maladie de notre littérature et de l’insoutenable mauvaise qualité des contenus. »[138]

Les gouvernants ainsi que les acteurs éducatifs ont leur part de responsabilité  face, non pas seulement aux problèmes de la littérature mais à ceux de l’art. Selon Aimé Césaire, l’avenir de l’art est indissociable de l’avenir de  l’homme africain. Ainsi,

Aux hommes d’État africains qui nous disent : Messieurs les artistes africains, travaillez à sauver l’art africain, nous répondons : Hommes d’Afrique et vous d’abord, politiques africains, parce que c’est vous qui êtes les plus responsables, faites-nous de la bonne politique africaine, faites-nous une bonne Afrique, faites-nous une Afrique où il y a encore des raisons d’espérer, des moyens de s’accomplir, des raisons d’être fiers, refaites à l’Afrique une dignité et une santé, et l’art africain sera sauvé.»[139]

Puisque nous évoquons les problèmes auxquels les écrivains africains sont confrontés, parlons de la censure, l’un des pires cauchemars d’un écrivain et  qui annihile sa liberté de créateur. Ce qui pourrait condamner l’écrivain à faire de la littérature « sur commande». Penser libre et écrire libre sous la surveillance « Des oreilles chastes, gardiennes autoproclamées et influentes de la pudicité publique »[140] était-il possible ? Comment soustraire ses écrits de « La foule ingrate,[des] quolibets et [surtout de]la lapidation? »[141]Ce sont là des questions auxquelles Pape Samba a tenté de répondre. A cet effet, dans le rêve de Massata, l’étrange meute de chiens portant «  Presque tous des chéchias, quelques-uns des coiffes insolites »[142] et couvrant la voix de l’écrivain représente à bien des égards une société ancrée dans ses traditions où certains sujets sont délicats, sensibles voire même tabous. De plus, une nouvelle forme de censure est née et  c’est la surabondance avec « Des livres dans lesquels l’époque se mirait complaisamment et confortait ses certitudes. »[143]

Cependant, il se trouve  que les écrivains et artistes sénégalais sont dans un bouillonnement culturel inouï, une ébullition artistique des plus singulières, une « Effervescence culturelle nationale [dirait Pape Samba, mais] en contradiction sourde avec le pays ».[144]

La société est un groupe frileux qui reste vigilant devant l’audace d’un individu. Elle n’ouvre les bras à l’écrivain qu’avec méfiance. Elle veut bien applaudir, encourager un auteur, mais à condition que sa production soit recommandable et respecte ses valeurs. L’écrivain ne devant obéir qu’à sa propre liberté, la collaboration n’est pas de tout repos. La liberté revendiquée par un créateur est essentielle comme l’air qu’il respire. Le renoncement serait un suicide. »[145]

Ainsi parle l’écrivain Cheikh Aliou Ndao.

L’auteur de Sabaru Jinne le comprend qui, à propos de son œuvre, écrit :

Ce texte est une acrobatie, un funambulisme, un numéro isolé du cirque littéraire universel ; numéro claustré, certes et confiné dans une ravine perdue des Sahara les plus inhospitaliers de la pensée humaine. Je le porte comme un enfant non désiré, mais à maturation trop avancée pour être avorté ; cependant qu’il est impatient de naitre. Pour paraître ! Se montrer ! »[146]

Mais le plus grand défi pour les écrivains sénégalais aussi bien qu’africains est de trouver leur propre voie quant à l’écriture, de ne plus suivre des sentiers battus mais de se frayer leur propre chemin.  C’est l’obligation de rompre avec le modèle occidental et ne pas en rester là. C’est l’engagement à ne jamais stationner, à ne pas tâtonner dans le noir, dans le flou à attendre une main salvatrice qui  guiderait vers la lumière. Parce que comme l’a écrit Cheik Aliou Ndao, « Un homme se doit de refuser de suivre un chemin qu’il n’a ni tracé ni aidé à tracer. »[147] Il faut oser « Bouleverser la littérature par des techniques aussi époustouflantes qu’un soleil de minuit»[148] se lancer « Dans un plaidoyer acharné pour le démantèlement des barrières qui enferment la création romanesque dans des schémas éculés. »[149]C’est ce que la littérature attend même de ses écrivains.

L’auteur applique cette règle  et « Hésite même à penser son texte en chapitres. Situation du narrateur ? Chapitres ou parties ? Subdivisions et sections ?[et se demande si] tout cela est-il impératif en littérature ? »[150] Absolument pas. Ainsi, Pape Samba Kâne écrit comme un « Boy dakar », un « Boy médina »[151]. Il écrit comme il est en somme et, cette absence d’organisation formelle de Sabaru Jinne s’avère être une « Organisation créatrice.»[152]

Pour éclore de nouveau, la littérature sénégalaise et même africaine a, nous semble-t-il, besoin parfois de « Versificateur filou [de] poète par effraction [de] délinquant littéraire »[153] afin de faire bouger les choses de temps en temps.

Conclusion

La métatextualité est un processus d’écriture qui fragmente le texte, en explique la construction, la structure et parfois la visée. Cette pratique scripturale dans Sabaru Jinne de Pape Samba Kâne s’est voulue réflexion sur la littérature et l’art de manière générale, pratique déconstructive, subversion du modèle occidental et recherche d’une voie en même temps.

Dans l’acte de Massata, le personnage principal qui jette toutes ses  productions  dans la mer  parce que  « Un génie tutélaire ancestral […] réclame ces offrandes d’un genre particulier[154] est ainsi métaphorisé le sort des écrivains africains. En effet, écrire pour tout jeter dans les abysses ou bien écrire pour faire de la « littérature de commande », écrire sans être entendu, ou encore écrire pour que son ouvrage se perde dans la surabondance cette nouvelle forme de censure, revient au même : c’est écrire en vain. Les écrivais africains auraient donc besoin, pour ainsi parler métaphoriquement, d’un Ndeupp[155], d’une purification afin de ne plus écrire dans le vide, afin de trouver des interlocuteurs avides de connaissances, mais aussi pour seulement et simplement  refuser la « Fixité mentale.»[156]

Ainsi donc, il convient nécessairement de repenser l’art, de repenser la littérature. L’auteur de Sabaru Jinne l’a déjà compris, qui a mené des réflexions allant en ce sens et qui a fait un inventaire des principaux obstacles à la renaissance de l’art, de la littérature sénégalaise et à la reconnaissance des écrivains et artistes sénégalais (et africains). De fait, son ouvrage  peut à,  bien des égards, s’intituler ainsi :  Sabaru Jinne ou le ndeupp des artistes sénégalais.

BIBLIOGRAPHIE

I-Corpus

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II-Ouvrages cités

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III-Articles cités

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Césaire, Aimé, Discours prononcé à Dakar le 6 avril 1966 , In Gradhiva, Revue d’anthropologie et d’histoire des arts, Gradhiva [En ligne], 10 | 2009, mis en ligne le 05 février 2010, consulté le 11 novembre 2016. URL : http://gradhiva.revues.org/1604 ; DOI : 10.4000/gradhiva.1604.

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Autre référence

Pape Samba Kâne, « invité à l’émission Lis Thé Rature », Radio Télévision Sénégalaise, RTS, 21septembre, 2016.

Entretien

Faye, Diouma,  entretien avec Pape Samba Kâne, propos recueillis le 27 septembre 2016.

Outil

Dictionnaire Larousse (En ligne) ; www.larousse.fr.

Rédigé le 11 novembre 2016


[1] Kâne, Pape Samba, (2015), Sabaru Jinne. Les tam-tams du diable, Editions Feu de brousse, 280P.

[2] Genette, Gérard, (1982), Palimpsestes. La littérature au second degré, Editions du Seuil, 573P.

[3] Kristeva, Julia, (1969), Recherches pour une sémanalyse, Editions du Seuil, 318P.

[4] Rabau, Sophie, (2002), L’intertextualité, Flammarion, 254P.

[5] Sabaru Jinne est-il vraiment un roman ? Ce livre qui transcende tous les genres et toutes les frontières  mérite sûrement un qualificatif nouveau ou de plus, c’est selon. Nous en reviendrons au cours de notre développement.

[6] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit., P.25.

[7] Genette, Gérard, Palimpsestes, Op.cit.,P.11.

[8]Lepaludier, Laurent, « Fonctionnement de la métatextualité : procédés métatextuels et processus cognitifs », Presses universitaires de Rennes, 200318/102016. http://books.openedition.org/pur/29657, P.25-38.

[9] Wagner, Frank, « Les hypertextes en questions : (note sur les implications théoriques de l’hypertextualité) » Études littéraires, vol. 34, n°1-2, 2002, p. 297-314.  URI: http://id.erudit.org/iderudit/007568ar.

[10]Ukize, Servilien, »De la pratique intertextuelle dans l’oeuvre romanesque d’Alain Mabanckou » (2013),Electronic Thesis and DissertationRepository. Paper 1116.

[11] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.29.

[12] Lepaludier, Laurent, « Métatextualité et métafiction »,  Presses universitaires de Rennes, 2003, http://www.openedition.org/6540, P.9-13.

[13] Smadja, Stéphanie, « Paraphrase et métatextualité », Fabula, La recherche en littérature, http://www.fabula.org/cr/389.php.

[14] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit., P.32.

[15] Rabau, Sophie, L’intertextualité, Op.cit.,P.175.

[16]Kâne, Pape Samba,  Sabaru Jinne, Op.cit., P.186.

[17] Idem, P.8.

[18] Idem, P.8.

[19] Lepaludier, Laurent, « Fonctionnement de la métatextualité : procédés métatextuels et processus cognitifs », article cité.

[20] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit., P.125

[21] Idem, P.126.

[22] Idem, P.126.

[23] Idem, P.44.

[24] Idem, P.8.

[25] Faye, Diouma, « entretien avec Pape Samba Kâne », propos recueillis le 27/09/2016. Compte tenu de ces propos de l’auteur, nous tenons à souligner que jusqu’à la fin de la rédaction de cet article, que nos argumentations s’appuient sur les propos des personnages ou de l’auteur, ou bien sur le livre Sabaru Jinne ou Sur les Rêveries revient au même.

[26] Sarr, Felwine (2009), Dahij, Gallimard, Collection L’Arpenteur, P.131.

[27] Massata et Talla ne sont qu’un seul et unique personnage d’où l’emploi du singulier.

[28] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.51

[29] Idem,P.14.

[30] Idem, P.25.

[31] Idem, P.12.

[32] Idem,P.12.

[33] Delphine Chartier, « De la perception de l’hypotexte à sa traduction, une histoire de lectures… », Palimpsestes [En ligne], 18 | 2006, mis en ligne le 01 juillet 2013, consulté le 03 mai 2016. URL : http://palimpsestes.revues.org/581 ; DOI : 10.4000/palimpsestes.581

[34] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.19.

[35] Idem,P.20.

[36] Lepaludier, Laurent, « Métatextualité et métafiction », article cité.

[37] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, P.30.

[38] Idem, P.13.

[39] Idem, P.130.

[40] Reuter, Yves, (2005), L’analyse du récit, Armand Colin,P.43.

[41] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.19.

[42] Idem,P.19. Il s’agit de la lettre de Baudelaire destinée à Arsène Houssaye, directeur de la revue La Presse devant publier quelques-uns de ses « Petits poèmes en prose ».

[43] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit., P.150.

[44] Idem,P.150.

[45] Idem,P.135.

[46] Groupe de musique britannique originaire de Liverpool, composé de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr.

[47] Kâne, Pape, Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.139.

[48] Idem, P.140.

[49] Idem, P.140.

[50] Idem, P.96.  Wim Wenders et Fassbinder sont des représentants majeurs du « nouveau cinéma » allemand, né dans les années 1960-1970.

[51] Idem, P.134.

[52] Ly, Amadou, « Sabaru Jinne de Pape Samba Kâne », La Gazette.SN, 2 août 2015.

[53] Sall, Amadou Lamine, « Sabaru Jinne », j’ai tout de suite aimé »  entretien accordé à Habib Demba Fall, Sen Plus, publié le 06/04/2015.

[54]Lam, Cheikh Tidiane, « Sabaru Jinne : les tam-tams du diable » La hantise du rêve primordial ». C’est une note de lecture que l’auteur Pape Samba Kâne a bien voulu nous donner.

[55] Faye, Diouma « entretien avec Pape Samba Kâne » article cité.

[56] Deho,Roger Tro, « Formes narratives et anti-formes romanesques dans Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma »  Ethiopiques n° 77. Littérature, philosophie et art  2ème semestre 2006.

[57] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.36.

[58] Idem, P.27.

[59]Reuter, Yves, L’analyse du récit, Op.cit., P.101.

[60] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, op.cit,P.93.

[61] Même si dans l’intervalle d’autres noms sont possibles : kâ, kandji, kanté, Konaté,  Koné, Lam, Lèye…

[62] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.165.

[63] Successivement :batteur de tam-tam,  écrivain, dramaturge, chanteur, acteur.

[64] Massata l’écrit à la page 7 de Sabaru Jinne « écriture laide, proprement illisible ». Pape Samba le confesse dans l’émission Lis Thé Rature, « « j’ai un manuscrit exécrable ; cela ressemble à l’écriture d’un élève de CI. »Rts, 21septembre, 2016.

[65] P.52 :«  taille d’une valise de, nouveau-né » pour Massata et pour Pape Samba :« une valisette pour nouveau-né. » In « Au Coeur de la Littérature Sabaru Jinné – Les Tams-Tams du diable  de Pape Samba Kane » Franck Christopher Mboumba, Juriste Copyright: Goethe-Institut Senegal/Dakar ,  Juin 2016.

[66] Massata lui voue un respect « cette prose qui devrait être réservée aux Dieux ». P.23.  Pape Samba confie : «  la peur bleue que j’ai de cet art. » Lis Thé Rature, Rts, 21septembre, 2016.

[67] Seulement le114 se trouve à Yenn pour Massata et à Ouaganiaye pour Pape Samba. Il a juste été transposé, nous  confie l’auteur, mais c’est les mêmes choses, la flûte, Jimmy, les filles qui passent la musique, le cinéma…

[68] Sarr, Felwine, Dahij, Op.cit., P.36

[69] Néologisme de l’auteur issu de « travestissement et avertissement » et servant de préface à l’œuvre.

[70]Tadie, Jean-Yves, (1990) , Le roman au XXe siècle, Belfond 1990,P.22.

[71] Faye, Diouma, « entretien avec Pape Samba Kâne », article cité.

[72] Du titre du recueil poétique de Birago Diop.

[73] Faye, Diouma, « entretien avec Pape Samba Kâne », article cité.

[74] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit., P.26.

[75] Idem, P.215.

[76] Idem, P.28.

[77] Idem,P.11.

[78] Idem,P.46.

[79] Idem,P.145.

[80] Idem,P.45.

[81] Idem,P.186. Notons que Sabaru Jinne dans la réalité est un ouvrage de 280 pages. Au sein de cet ouvrage cependant, il est écrit que Sabaru Jinne est «  une fiction, des mots en quantités, 77157 exactement, 377807 caractères d’imprimeries, 180 pages d’élucubrations. »(P.238) et les Rêveries de Massata « un petit volume de 110 pages » (P.12). Tout ceci montre que l’œuvre de Pape Samba en question est une réflexion sur le processus de création. Un essai donc.

[82] Idem,P.186.

[83] Idem,P.193.

[84] Idem,P.194.

[85]Hel-Bongo, Olga,« Quand le roman se veut essai. La traversée du métatexte dans l’œuvre romanesque de Abdelkébir Khatibi, Patrick Chamoiseau et V.Y. Mudimbe.»Thèse présentée à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval dans le cadre du programme de doctorat en Études littéraires pour l’obtention du grade de Philosophiae Doctor (Ph.D.), 2011.

[86]Idem.

[87]Ndao, Cheik Aliou, « Création littéraire et liberté » Grande conférence L.S. Senghor In Ethiopiques,numéro 57-58  Revue semestrielle de culture négro-africaine 1er et 2e semestres 1993.

[88]Sarr, Felwine, Dahij, Op.cit, P.131

[89] Tadjo,Véronique, « Chemin d’écriture » In L’engagement au féminin, Notre Librairie, Revue des littératures d’Afrique, des Caraïbes et de l’océan indien, Nº172 Janvier-Mars 2009 P.56.

[90] Le Clézio, Jean Marie-Gustave,(1963), Le procès-verbal, Gallimard, P.158.

[91]Sartre, Jean Paul,(1964), Les Mots, Gallimard, P.131.

[92] Je ne l’ai pas fait exprès.

[93] Faye, Diouma, « entretien avec Pape Samba Kâne », article cité.

[94] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op. cit.P.25.

[95] Ly, Amadou, « Sabaru Jinne de Pape Samba Kâne », article cité.

[96] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.121.

[97]Idem,P.121.

[98] Idem, P.119-120.

[99] Idem, P.98.

[100] Idem,P.43.

[101] Idem,P.240.

[102] Idem,P.240-241.

[103] Idem,.P.173.

[104] Idem,.P.169.

[105] Idem,P.242.

[106] Ly, Amadou, « Sabaru Jinne de Pape Samba Kâne », article cité.

[107] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, P.151.

[108] Idem,P.266.

[109] Idem,P.14.

[110] Idem,P.14-15.

[111] Idem,.193.

[112] Idem,P.21-22.

[113] Idem,P.28.

[114] Idem,P.195.

[115] Idem,P.195.

[116] Idem,P.27.

[117] Césaire, Aimé, Discours prononcé à Dakar le 6 avril 1966 , In Gradhiva, Revue d’anthropologie et d’histoire des arts :Gradhiva [En ligne], 10 | 2009, mis en ligne le 05 février 2010, consulté le 11 novembre 2016. URL : http://gradhiva.revues.org/1604 ; DOI : 10.4000/gradhiva.1604.

[118] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, P.135.

[119]Gérard Chenet, Roger Dorsinville,  Jean Brière, le couple Jacqueline et Lucien Lemoine, Joseph Zobel. Les artistes autochtones sont :Djibril Tamsir Niane, Abdou Anta Kâ, l’acteur Douta Seck, Le dramaturge Chérif Adramé Seck, les actrices Isseu Niang et Fatim Diagne, les cinéastes Sembène Ousmane, Ababacar Samb, etc.

[120] Idem, P.136.

[121] Idem,P.136.

[122] Idem, P.247.

[123] Idem,P.160-161.

[124] Canvat,Karl, « La valeur a goût de temps »  Sens des textes et histoire des formes. » In Colloque international : Histoire et littérature, regards croisés : Enseignement et espistémologie,:http://www.inrp.fr/manifestations/2010-2011/© Institut national de recherche pédagogique.

[125] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, P.30.

[126] Idem, P.19.

[127] Idem, P. 140.

[128] Idem, P.161.

[129] Idem,P.162.

[130] Idem,P.100.

[131] Parfois en note de bas de page, parfois directement dans le texte, comme ce qui suit : rombal mband( grand boubou d’apparat) ; Ndekete yoo (en fait) ; sama rak, yaa soof !!! équivalent de : « frimeur, va !!! ».

[132] Comme « Soofeur », équivalent de frimeur. Du mot wolof « soof » et du suffixe français « eur ».

[133] Faye, Diouma, « entretien avec Pape Samba Kâne », article cité.

[134] Sall, Amadou Lamine, « Sabaru Jinne », j’ai tout de suite aimé », entretien accordé à Habib Demba Fall, article cité.

[135] Idem.

[136] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.P.41.

[137] Faye, Diouma «  entretien avec Pape Samba Kâne », article cité.

[138] Sall, Amadou Lamine, « Sabaru Jinne », j’ai tout de suite aimé », entretien accordé à Habib Demba Fall, article cité.

[139] Césaire, Aimé, Discours prononcé à Dakar le 6 avril 1966 , In Gradhiva, Revue d’anthropologie et d’histoire des arts :Gradhiva [En ligne], 10 | 2009, mis en ligne le 05 février 2010, consulté le 11 novembre 2016. URL : http://gradhiva.revues.org/1604 ; DOI : 10.4000/gradhiva.1604.

[140]Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.P.137.

[141] Idem, P.179.

[142] Idem, P.159.

[143] Sarr, Felwine, Dahij, Op.cit, P.38

[144] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.137.

[145] Ndao, Cheik Aliou, « Création littéraire et liberté » Grande conférence L.S. Senghor In Ethiopiques, numéro 57-58  Revue semestrielle de culture négro-africaine 1er et 2e semestres 1993.

[146] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit., P.29-30.

[147] Ndao, Cheik Aliou, (1985), L’exil d’Albouri. Suivi de La Décision, Le Fils de l’Almamy, La case de l’homme, NEA, P.129.

[148] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit.,P.66.

[149] Idem, P.65.

[150] Idem, P.166.

[151] Faye Diouma, « entretien avec Pape Samba Kâne », article cité.

[152] Idem.

[153] Kâne, Pape Samba, Sabaru Jinne, Op.cit., P.182.

[154] Idem, P. 15.

[155] C’est une sorte d’exorcisme pratiqué le plus souvent par les Lébous, une ethnie sénégalaise.

[156] Idem,P.232.

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