Papa Samba Diop

Université Paris-Est Créteil

 

LE ROMAN FRANCOPHONE SUBSAHARIEN

Je me propose de rendre compte des conditions de production et de réception d’un corpus d’œuvres littéraires marquées d’un triple sceau, puisqu’elles se réclament simultanément de leur ancrage au continent noir, de leur enracinement dans la culture d’un groupe social bien déterminé, enfin d’influences européennes aussi variables qu’incontestables[1]. En outre je m’attacherai à dégager les thèmes majeurs dans le discours servant aux différents agents, en Afrique comme en Europe, sinon à imposer les normes du champ littéraire, du moins à en imaginer idéalement les contours esthétiques ou éthiques, politiques ou économiques.

Les lieux ainsi que les personnages du roman francophone, parce qu’ils n’ont cessé de se transformer depuis les années 1920, reflètent une tendance à l’extraversion. Si l’Afrique, son histoire, sa géographie et ses lignées familiales princières ont servi de socle à des textes tels que Doguicimi (xx) ou plus tard L’Aventure ambiguë (xx), bien vite elles ont été battues en brèche par des romanciers d’emblée inscrits dans un contexte discursif mondial : Yambo Ouologuem (Le Devoir de violence) ou Sony Labou Tansi (La Vie et demie, L’Anté-peuple). Aussi, dans le roman actuel, entre Dossier classé d’Henri Lopes et Verre cassé d’Alain Mabanckou, ou Filles de Mexico de Samy Tchak, entend-on en sourdine les échos de la rupture éthique et formelle initiée par Sony Labou Tansi, et, au-delà de cette parenté thématique, la volonté des écrivains d’exhiber un héritage planétaire, fait de lectures et d’expériences humaines à l’échelle mondiale.

L’objet à situer dans un ou plusieurs champs littéraires, la littérature francophone subsaharienne,[2] ce sont plus de 2.500 romans, près de 800 pièces de théâtre, 500 recueils de nouvelles, 2000 de poésie, et 700 ouvrages critiques parus seulement entre 2000 et 2007. C’est dire qu’il s’agit d’un corpus en train de se constituer, avec une certaine effervescence. D’où l’incertitude à en bâtir une théorie souveraine[3], car, aux antipodes d’une activité gratuite et désincarnée, il est tributaire d’une insertion historique et sociale. 

 Toutefois, je vais tâcher d’organiser mon approche du champ littéraire postulé ou réel en me servant de trois notions: celles d’assimilation, d’imitation et d’autonomie, ces vocables étant fournis par différentes préfaces tenant lieu de poétiques,  par des «manifestes», des essais tels que  La littérature coloniale  de Roland Lebel en 1931, et la même année, Philoxène ou la littérature coloniale d’Eugène Pujarniscle. Ils sont aussi contenus dans «Orphée noir», la préface de Jean-Paul Sartre à l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (1948), comme en 1956 dans la postface aux Ethiopiques de Léopold Sédar Senghor: «Comme les lamantins vont boire à la source». Ces textes constituent des références fécondes lorsqu’on cherche à  définir un espace littéraire structuré et dédié aux œuvres subsahariennes. Ils seront relayés à partir de 1963 par des travaux universitaires auxquels je ferai allusion.

 Premières définitions

Entre le champ littéraire français[4] et un champ africain non encore constitué, les premiers écrivains francophones ont élaboré leurs œuvres dans une grande tension, prétendant écrire au nom de l’Afrique et pour les Africains, alors même que leur seul public est celui des maisons d’éditions qui les publient: il est français. Et pour celui-ci la notion même de littérature africaine, depuis les  théoriciens de la littérature coloniale – Roland Lebel et Eugène Pujarniscle[5] – demeure une notion fluctuante. En effet, Roland Lebel écrivant l’histoire de la littérature africaine, y entend l’histoire de la littérature écrite en Afrique par des voyageurs, des administrateurs ou des romanciers français. Puis, au lendemain de la seconde guerre mondiale, la littérature africaine a signifié celle des premiers instituteurs africains – Mapâté Diagne, Dugay Clédor, Abdoulaye Sadji -, d’emblée inscrits par leurs préfaciers dans le champ littéraire français.

Qu’ils se nomment encore Paul  Hazoumé ou Ousmane Socé Diop, ils se situent à la croisée des champs littéraire et politique, intégrés à un espace littéraire pour l’horizon d’attente duquel leurs écrits relèvent souvent d’un corpus documentaire sur les us et coutumes de leurs nations. 

L’assimilation

Que l’approche en soit thématique, sociologique ou idéologique, le champ littéraire subsaharien dénotera constamment une grande ambiguïté, celle-ci étant liée aux conditions d’émergence des textes littéraires[6]. Deux exemples peuvent ici être retenus: Ousmane Socé (Karim, 1935), et Paul Hazoumé (Doguicimi, 1937). 

1. Ousmane Socé : Karim (1935)

Ousmane Socé est né à Saint-Louis du Sénégal en 1911. Après des études secondaires effectuées au Sénégal, il vient en France préparer un diplôme de docteur vétérinaire. Et, aux côtés d’Aimé Césaire, de Senghor et Léon Gontran Damas, il fera partie de l’équipe fondatrice de L’Etudiant noir. Puis il sera longtemps ambassadeur du Sénégal à Washington.

Karim, roman sénégalais, paru en 1935 aux Nouvelles Editions Latines à Paris, a été plusieurs fois réédité d’une part. Il est le premier roman subsaharien se déroulant dans quatre centres urbains: Saint-Louis, Rufisque, Dakar et Gorée[7]. D’autre part il développe une apologie de la rencontre interculturelle telle que, plus tard, Léopold Sédar Senghor, président du Sénégal, en fera l’essence de sa politique nationale et internationale: à savoir «prendre en exemple ce pays de vieille civilisation», la France, recommandation faite par Karim, héros du roman, à ses concitoyens qui, pour autant, ne doivent pas renoncer à leur africanité.

Le roman d’Ousmane Socé est préfacé par Robert Delavignette, alors gouverneur de l’Afrique Occidentale Française, et, peu de temps après, en 1937, directeur de l’Ecole Coloniale. Il est lui-même auteur de plusieurs ouvrages portant sur l’Afrique noire, dont un roman, Les paysans noirs, publié en 1946, livre dont s’inspireront nombre d’écrivains subsahariens: Amadou Koné[8] en particulier.

Dans la préface qu’il donne au roman d’Ousmane Socé, Karim, et qui est un modèle de parrainage bientôt suivi par des noms aussi divers que ceux de Maurice Delafosse, Georges Hardy, Vincent Monteil ou Pierre Fougeyrollas; Robert Delavignette se félicite du choix de Karim («prendre en exemple ce pays de vieille civilisation») qu’il estime «raisonnable», car il est «parfaitement conforme à l’idéal de liberté» de la France, et augure d’une réelle fraternité entre «Blancs» et «Noirs». Jacques Chevrier écrit à ce sujet :

Ainsi, d’un commun accord, le romancier et le préfacier vont-il évacuer le conflit inhérent à toute rencontre interculturelle – surtout lorsqu’elle est fondée sur la colonisation – au nom d’une hypothétique troisième voie qui permettrait de «dépasser les vieilles notions de colonisation comme le stade du nationalisme africain»[9].

Le «nationalisme africain», présent dans toute l’œuvre du second romancier, Paul Hazoumé, servira plutôt une stratégie d’intégration aux milieux littéraires et politiques parisiens.

2. Paul Hazoumé : Doguicimi (1937) 

Né à Porto Novo en 1890, c’est-à-dire seulement quatre années avant la  conquête du Dahomey par les troupes coloniales françaises dirigées par le général Dodds, Paul Hazoumé a fait ses études à l’Ecole Normale de Saint-Louis. Il deviendra instituteur puis, en 1937, sera promu directeur de recherche au Musée de l’Homme à Paris. Onze ans plus tard, il sera nommé conseiller de l’Union Française.

Auteur du Pacte de sang au Dahomey (Grand Prix littéraire de l’A.O.F. en 1937), il est avant tout un ethnologue dont l’œuvre a essentiellement porté sur l’Afrique pré-coloniale, et tout particulièrement sur le Dahomey. Doguicimi (Paris, Larose 1938) participe de cette entreprise de réhabilitation des cultures du passé, sans que son auteur; pourtant anticolonialiste puisqu’il a régulièrement collaboré au Phare du Dahomey, un journal opposé à la présence française; n’ait jamais renoncé à sa «position» privilégiée dans les champs littéraire et politique français. Ce dignitaire royal est mort à Cotonou en 1980.

Doguicimi, fruit de recherches menées pendant près de vingt ans, est l’histoire de combats fratricides survenus dans la première moitié du XIXe siècle entre les Danhoumeous et les Mahinous, deux fractions de la population dahoméenne. L’auteur fait précéder le livre de cette notice:

 «Dédié à ma grande Claire et à ma petite Laure, cet ouvrage. Et je fais le vœu que vous gardiez, toute votre vie, la vertu et l’héroïque fermeté de Doguicimi ».

Doguicimi, l’héroïne, sera enterrée vive auprès de son mari, Toffa, victime des affrontements entre  partisans et adversaires du roi Ghézo. Et selon le romancier, sa version des faits procède d’authentiques événements historiques. Pratiques magiques, misogynie des guerriers, classes sociales étanches, trahisons, philtres d’amour ou ordalies, Doguicimi conjoint à un arrière-plan historique le merveilleux et le sublime: la mort de l’héroïne à la fin du récit conférant à ce premier roman historique écrit par un Africain francophone une «sauvage grandeur», selon le jugement de René Maran[10].

Mais ce chef-d’œuvre sera assimilé à une «conquête coloniale» par son préfacier, Georges Hardy, alors directeur honoraire de l’Ecole Coloniale, et Recteur de l’Académie de Lille:

 C’est pour la France, bien entendu, un singulier mérite que d’avoir, au lendemain même de l’installation coloniale, opéré de telles conquêtes intellectuelles et morales […]. Je me permets de réclamer, pour cet ouvrage puissamment original, toute la sympathie du public français […]. Aux côtés de la vieille France d’Europe, il y a désormais des Frances nouvelles, qu’on essaie bien de troubler, elles aussi, mais qui se reconnaissent pour ses filles et lui donnent tous les jours des preuves touchantes de leur attachement (Préface de Doguicimi).

En fait, cette littérature «qui donne tous les jours des preuves touchantes de son attachement à la France» est d’emblée en situation de périphérie, car elle appartient à une culture minoritaire dans l’espace même où elle est conçue. Ensuite parce qu’il n’y a pas coïncidence entre son ancrage socioculturel et le champ littéraire postulé. Enfin parce qu’il y a absence notoire d’un champ littéraire autochtone[11]

Sur cet aspect de l’ambivalence du corpus et des diverses stratégies de légitimation des agents à l’intérieur du champ littéraire réel ou imaginé,  plusieurs ouvrages ou actes de colloques récents peuvent être consultés:

En 2001, Littératures mineures en langue majeure (Université de Liège, Peter Lang); en 2002, Ecrire en langue étrangère. Interférences de langues et de cultures dans le monde francophone (Saarbrücken, IKO) ; en 2006, Les Ecrivains francophones interprètes de l’Histoire (Paris-Berlin, Peter Lang) ; en 2007, De la littérature coloniale à la littérature africaine. Prétextes-Contextes-Intertextes (Riesz, Paris : Karthala).

En amont de ces ouvrages, tous préoccupés de la spécificité du champ littéraire subsaharien[12], on peut relire la postface aux Ethiopiques de Léopold Sédar Senghor. Essentialiste, contradictoire parfois, en maint endroit polémique,  elle est emblématique de l’inconfort dans lequel une génération d’écrivains, celle dont les textes ont vu le jour entre 1920 et 1960, a dû concevoir, en même temps que les écrits, leur défense:

Si j’écris ces lignes, c’est à la suggestion de certains critiques de mes amis. Pour répondre à leurs interrogations et aux reproches de quelques autres, qui somment les poètes nègres, parce qu’ils écrivent en français, d’écrire «français», quand ils ne les accusent pas d’imiter les grands poètes nationaux. Tel me reproche d’imiter Saint-John Perse, et je ne l’avais pas lu avant d’avoir écrit les Chants d’ombre et Hosties noires. Tel reproche à Césaire de le lasser par son rythme de tam-tam, comme si le propre du zèbre n’était pas de porter des zébrures. En vérité, nous sommes des lamantins, qui, selon le mythe africain, vont boire à la source, comme jadis, lorsqu’ils étaient quadrupèdes – ou homme. Je ne sais plus au juste si c’est là mythe ou histoire naturelle (Postface aux Ethiopiques, 1956).

Quatre années après ce texte conçu comme une poétique du «retour aux sources», Léopold Sédar Senghor, élu  à la tête du Sénégal, cherchera à s’entourer de lettrés partageant les mêmes vues théoriques et politiques. 

Écrivains et régimes politiques : les oscillations

C’est ainsi que nombre d’écrivains de la première génération appartiendront à la classe supérieure et cultivée, celle des «évolués», pour reprendre un terme du vocabulaire colonial de l’ancienne Afrique Equatoriale Française (A.E.F.).  On les trouvera à la tête des Etats nouvellement indépendants, ou dans leurs instances dirigeantes. Dans le gouvernement du Sénégal on compte plusieurs écrivains dont Cheikh Hamidou Kane, Birago Diop, Lamine Diakhaté. Au Mali Fily Dabo Sissoko, Hampâté Bâ, Aoua Keïta, Seydou Badian participent à des degrés divers à la direction culturelle et politique du pays. Au Niger, Boubou Hama, ancien élève de l’école William Ponty de Dakar, mènera longtemps, parallèlement à une carrière politique – comme très proche collaborateur du président Hamani Diori qui le fera nommer président de l’Assemblée Nationale jusqu’au putsch de 1974 -  une carrière littéraire[13] qui l’élèvera, aux yeux des africanistes, au rang d’un spécialiste de l’envergure d’Amadou Hampâté Bâ. Au Congo, Jean-Baptiste Tati-Loutard, et bien plus tard, Sony Labou Tansi, joueront un rôle politique non négligeable.

L’ambiguïté inhérente à la naissance même de leurs œuvres, entre champ du pouvoir politique et une volonté d’autonomie culturelle vis-à-vis du public réel, restera  constante, que l’on se situe en 1945 ou dans les années qui suivront. Ainsi la littérature de la Négritude (1939-1960) est-elle produite d’abord pour l’essentiel par des écrivains tenus à l’écart du pouvoir politique. Et pendant longtemps, ceux-ci se sont vus comme les membres d’une avant-garde africaine, et ont cherché, selon l’expression de Senghor, à être «non la tête du peuple, mais bien sa bouche et sa trompette».  Aussi ont-ils œuvré comme si le peuple dont ils se réclamaient était une réalité allant de soi. En fait cette génération a souvent échafaudé prose et poésie sur un fond populaire aléatoire[14].

Dans les années 1940 Senghor est professeur de lycée, Aimé Césaire aussi. De ce point de vue, on pourrait définir leur démarche comme inscrite dans un champ littéraire relativement autonome par rapport au pouvoir politique. D’où le soutien de Jean-Paul Sartre, d’Emmanuel Mounier, d’Albert Camus ou d’André Gide, qui ont contribué à la fondation, à Paris, d’une maison d’édition, Présence africaine, en 1947. Mais si Présence africaine est un signe parmi d’autres des velléités d’autonomie du champ littéraire subsaharien, bien vite cependant certains de ses membres, Senghor notamment, intégreront les cercles politiques. Et à cet égard, la corrélation devient manifeste entre le champ littéraire et le champ politique. En effet, entre 1945 et 1960 la thématique assimilationniste, expression d’un certain réalisme politique, pourra se lire en filigrane de tous les poèmes de Senghor :

Notre ambition est modeste : elle est d’être des précurseurs, d’ouvrir la voie à une authentique poésie noire, qui ne renonce pas pour autant à être française (1954, Senghor).

La décolonisation et la mise en place de pouvoirs politiques africains indépendants conduiront, dans le droit fil de ce que Franz Fanon souhaitait dans Les Damnés de la terre (1961), à une large intersection entre champ littéraire et champ politique: nombre d’écrivains et d’intellectuels participent à des gouvernements, dans la période qui va de 1960 à 1970. Mais la dégradation rapide d’un grand nombre de régimes politiques après 1970, a contraint ces mêmes écrivains et intellectuels à se retirer des cercles du pouvoir et à concevoir de plus en plus leur activité comme devant trouver ailleurs que dans la sphère politique, désormais disqualifiée, des instances de consécration.

Cette imbrication du littéraire dans le politique aura par endroits des conséquences fâcheuses. En effet, une abondante littérature carcérale exprimera assez vite la désillusion d’une élite intellectuelle aux horizons désormais bouchés. Ces témoignages émanent en Côte-d’Ivoire de Bernard Dadié, comme au Mali de Fili Dabo Sissoko[15] ou d’Ibrahima Ly, au Tchad d’Antoine Bangui, en Guinée de Keïta Fodéba ou encore de Kaba Camara; tous écrivains qui ont eu maille à partir avec les «guides providentiels» de leurs nations, selon l’expression ironique de Sony Labou Tansi[16], dirigeants politiques dont ils instruiront le procès dans des livres aussi dépités que Carnet de prison, Toiles d’araignées ou Prisonnier de Tombalbaye. Selon le titre d’un roman de Tchichellé, écrivain du Congo, la confusion du champ littéraire et du champ politique a très vite réduit le sort des créateurs, lorsqu’ils vivent encore en Afrique, à cette tragique alternative: l’exil ou la tombe[17].

Le pays d’accueil : indices de consécration et paradoxes

L’étude précise des indices ou instances de consécration de cette littérature, à savoir sa promotion par des académies ou des revues, par des études critiques ou des mentions dans des manuels d’histoire littéraire, voire par l’attribution de prix[18] – Femina, Goncourt, Renaudot, Goncourt des lycéens, Grand Prix du roman de l’Académie française -, révèle à son tour quelques servitudes. Quelques faits saillants peuvent ici servir à illustrer ce caractère équivoque.

Batouala, roman de René Maran, Guyanais né à la Martinique en 1887, obtient le prix Goncourt en 1921. En dépit de la nationalité de son auteur, modeste commis français en Oubangui-Chari au moment où paraît le livre, son texte est reçu par la critique africaine comme étant le premier roman francophone subsaharien[19], cette célébration signifiant combien, dans la recherche d’un espace littéraire spécifiquement subsaharien, la démarche est encore purement idéologique. Mais je reviendrai sur Batouala, livre primé, par conséquent reconnu par le champ littéraire français, mais dont l’auteur sera ostracisé dans le champ politique.

L’indétermination d’un champ littéraire subsaharien sera d’autant plus perceptible encore qu’en 1968 le prix Renaudot sera attribué à un romancier malien, Yambo Ouologuem, pour Le Devoir de violence: texte iconoclaste visant l’Afrique et son histoire pluriséculaire. Au moment de la parution du livre, l’auteur vit en France. Aussi ne serait-il pas inexact de trouver parmi les raisons d’une critique si radicale du déterminisme culturel qui avait jusqu’alors conduit l’écrivain africain à célébrer face à l’Europe triomphante les valeurs-refuges de la patrie, de la race et du passé glorieux, la sympathie du jeune homme de vingt-huit ans[20] pour les groupes de contestataires dont les revendications et actions violentes témoignaient, en France, d’un état de crise consécutif au divorce entre l’élite politique et l’école en général, rupture dont le moment culminant sera le mois de mai 1968. Mais le succès du livre de Yambo Ouloguem en France est resté sans écho majeur au Mali.

Un autre exemple d’inscription prestigieuse dans le champ littéraire français d’un auteur francophone subsaharien est la récompense par le Grand Prix du Roman de l’Académie française des Honneurs perdus, huitième roman de Calixthe Beyala, auteur modérément connu par le lectorat camerounais, celui de son pays d’origine, mais beaucoup lu en France, et étudié dans la plupart des universités nord-américaines où existe un département de Gender Studies. La romancière vit à Paris.

Plus avant, en 2000, deux prix français reviendront à l’auteur ivoirien Ahmadou Kourouma: le Renaudot et le Goncourt des lycéens, pour Allah n’est pas obligé, récit où sorcellerie, guerres tribales et enfants-soldats servent de toile de fond à une dénonciation vigoureuse de la situation faite aux Africains de la période postcoloniale, auxquels il ne reste plus que le refuge dans des croyances aberrantes telles que «Allah ne laisse jamais vide une bouche qu’il a créée». Mais le romancier vit à Lyon au moment de la parution de son livre.

De même qu’Alain Mabanckou, prix Renaudot en 2006 pour Mémoires d’un porc-épic, voyage entre la France et les Etats-Unis où il enseigne en Californie[21]. Et Léonora Miano, prix Goncourt des lycées la même année pour Contours du jour qui vient, réside en France, bien que la plupart de ses récits portent sur sa terre d’origine, le Cameroun. C’est dire combien l’exode des écrivains est massif, et la production littéraire africaine, bon gré mal gré, tributaire des réseaux de fabrication, de diffusion et de promotion du livre dans les pays d’accueil.

Cette «réception» est relayée par ailleurs par des revues telles que Notre Librairie[22], devenue en 2006 Cultures Sud. Plus qu’aucun autre périodique africain, Cultures Sud assure la recension précise et régulière des «littératures du Sud», inscrivant ainsi ces dernières, peu ou prou, dans le champ littéraire français. L’adjectif «francophones» indiquant leur singularité par rapport à la littérature strictement hexagonale, est du reste l’objet d’attaques de plus en plus virulentes, comme nous le verrons plus loin.

Lieu de l’entre-deux, entre engagement esthétique et engagement polémique, champ universitaire[23] et champ littéraire, pôle commercial et avant-garde littéraire, cette revue, financée par le Ministère français des Affaires Etrangères, est devenue un outil de travail indispensable aussi bien pour les étudiants que pour les enseignants. En cela  elle est une belle tribune offerte aux littératures francophones au sein d’un champ littéraire hexagonal où les frontières institutionnelles entre «littérature française» et «littérature francophone» relèvent de manière abstraite de l’idéologie, et de façon pratique des instances de fabrication (différence de statuts des maisons d’édition), d’enseignement (différence des programmations scolaires et universitaires) et de discussions (différence des cercles littéraires, des lieux de rencontres entre écrivains).

Cette grande diversité de croyances et de pratiques au sein de la «francophonie[24]», suspectée de refléter une hiérarchisation qualitative des œuvres et des auteurs, distinction orchestrée par un centre et une histoire littéraire imposant leurs normes[25] aux usagers de la périphérie[26], est à l’origine du texte publié dans Le Monde des Livres du 16 mars 2007: «Pour une littérature-monde en français». Celui-ci est signé par quarante-quatre écrivains «francophones», revendiquant l’usage d’une langue française «libérée de son pacte exclusif avec la nation[27]».

Champs littéraires et sanctions

Les positions des écrivains francophones subsahariens dans le champ littéraire hexagonal ne sont pas sans provoquer par moments de lourdes sanctions. Ici deux exemples, l’un tiré des tout débuts de la littérature africaine en langue française (René Maran et le roman Batouala), le second des années 1990 (Calixthe Beyala et deux de ses romans : Le Petit prince de Belleville  et Les Honneurs perdus), montreront l’étroite imbrication des champs littéraires français et francophones. 

1. Premier signe avant-coureur de la Négritude[28]Batouala (1921) de René Maran, en dépit de l’allégeance de son auteur à la République française, et bien que le livre  ne fût ni un réquisitoire ni une défense et illustration inconditionnelles des populations africaines mises en scène, fut censuré par l’administration coloniale qui en interdit la diffusion en Afrique et persécuta l’écrivain. Celui-ci, de retour en France, et radié de la fonction publique, vivra de conférences et des modestes revenus assurés par une œuvre abondante faite à la fois de contes, de biographies, d’essais, de recueils de poèmes et de romans[29].  Mentor pour bon nombre d’écrivains négro-africains de la première génération, René Maran meurt à Paris en 1960.

2. Le second exemple, de 1996, témoigne d’une affaire de plagiat. La romancière incriminée, Calixthe Beyala, a comparu devant le Tribunal de grande instance de Paris et a été condamnée pour contrefaçon partielle, dans Le Petit Prince de Belleville, du roman de l’Américain Howard Buten , Burt (1981), traduit en français sous le titre Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué[30]. Le forfait n’a pas empêché l’attribution à la romancière, en novembre de la même année (1996), du Grand Prix du roman de l’Académie française, pour un autre texte: Les Honneurs perdus (Paris : Albin Michel).

Mais à peine cette distinction obtenue, l’écrivain doit répondre d’un autre chef d’accusation: dans Les Honneurs perdus, elle aurait repris, littéralement, de larges passages de The Famished Road du Nigérian Ben Okri, dont une traduction française existait depuis 1994 chez Robert Laffont: La route de la faim. C’est alors que le directeur de la revue Lire, Pierre Assouline, monte un dossier relevant outre les passages dérobés à l’œuvre de Ben Okri, d’autres détournements de textes: La Vie devant soi de Romain Gary aurait aussi été copié en partie. Confrontant les originaux à leurs «copies», la revue Lire a rendu flagrants les subterfuges de la romancière camerounaise, et par ce biais souligné que le champ littéraire français dans lequel elle pensait être inscrite de manière privilégiée par rapport à d’autres créateurs subsahariens écrivant et résidant en Afrique (Aminata Sow Fall, Adja Ndèye Boury Ndiaye, Mbissane Ngom, Monique Ilboudo ou Sokhna Benga), que ce champ est un lieu d’affrontements d’une grande âpreté, avec des règles de conduite dont la transgression ne reste pas impunie. Des réputations y sont faites puis défaites, souvent sur un fond d’intérêts commerciaux que les éditeurs doivent négocier dans le champ économique.

Calixthe Beyala aurait été déloyale. Ses différents prix[31], contestables désormais au nom d’un principe moral visant à mettre de l’ordre dans la littérature, la relègueraient dans les marges scandaleuses du champ littéraire hexagonal.  Pierre Assouline a donc voulu délester ce dernier[32] d’un nom devenu douteux à ses yeux[33]. La polémique enflera. Parallèlement à la revue Lire, Libération (du 26 octobre 1996), Le Monde (du 22 janvier 1997) et France-Soir (du 26 novembre 1996) titreront : « Calixthe Beyala entre prix et plagiat », « Calixthe Beyala,  Grand prix du plagiat », « L’honneur perdu de la jolie Calixthe». L’accusée répondra qu’elle «reconnaît plagier dès qu’elle écrit»[34].

La virulence des attaques, l’ampleur donnée à l’offensive, en France, en Belgique (La libre Belgique a fait écho à l’événement), voire en Angleterre où The Times, The Guardian et The Independant ont relayé le scandale, prouvent, selon Madeleine Borgomano, d’un point de vue éthique, que :

L’affaire Calixthe Beyala concerne bien la définition de la littérature (surtout celle de la propriété littéraire, enracinée dans l’économie plus que dans la morale), mais aussi celle de l’identité et de la biographie, de la place des femmes et des hommes, des jeux de séduction. Et tous ces enjeux se trouvent exacerbés par la question sous-jacente de la reconnaissance et de la valeur d’une littérature « marginale » au sens propre[35].

Pour échapper au soupçon de plagiat les auteurs révèleront désormais leurs sources dans des romans tels que Hermina de Sami Tchak (2003). Et à défaut d’une autonomie réelle d’un champ littéraire subsaharien, ils avanceront l’idée d’une autonomie de leurs personnes et de leurs créations.

L’autonomie : le mythe du créateur libre

Le phénomène auquel nous assistons dans le champ littéraire français contemporain [36]est comparable à un retournement des points de vue sur l’espace de création, sur le contenu des œuvres africaines et sur leur authenticité. Ce n’est plus l’africanité d’un texte qui en fait la valeur. Du reste, la France ne semble plus être pour les ressortissants de ses anciennes colonies une terre tout à fait étrangère. Et à la réflexion, dans la première moitié du XXe siècle, de Pierre Mille préfaçant Eugène Pujarniscle, «Les colonies ne sont pas l’étranger; une colonie française c’est encore la France[37]», semble correspondre aujourd’hui de manière parfaitement contraire, dans le champ du pouvoir comme dans le champ littéraire[38], une présence francophone de moins en moins paratopique[39].

L’idée est contenue dans un article intitulé « Les enfants de la post-colonie », où Abdourahman Wabéri[40]la met en rapport avec une désaffection plus ou moins nette des écrivains pour leurs pays d’origine[41]:

A quelques exceptions près ils sont nés après 1960, et n’entretiennent plus une relation filiale avec l’Afrique […]. Un écrivain comme Alain Mabanckou, qui a consacré quatre recueils de poèmes au Congo, même quand il chante son pays natal, il ne le fait plus de la même manière que Jean-Baptiste Tati-Loutard. Ce qui pose problème c’est de savoir si c’est le pays qui s’est éloigné, ou si ce sont les écrivains qui cherchent à s’en éloigner. Finalement, cela n’est pas lié au seul fait que les écrivains vivent à l’étranger, car on peut faire le même constat avec un romancier comme Florent Couao-Zotti qui vit actuellement au Bénin (2002).

Le refus de se soumettre à la rigueur des lois politiques, sociales ou religieuses dans l’espace subsaharien, est à l’origine de ce que, à partir des Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma (1968-1970), la critique a appelé la «littérature de la désillusion». Celle-ci a consisté, pour reprendre une expression de Flaubert, à «bien écrire le médiocre». Ici les romans vilipenderont les pratiques dominantes: l’organisation oligarchique, l’ostentation des richesses matérielles, le cynisme politique, la vénalité. Ainsi peut-on se demander si parmi les raisons de l’émigration des auteurs subsahariens actuels il n’y aurait pas les mêmes récriminations.

S’inscrire dans le champ littéraire français

À la conformité des écrits aux configurations morales, sociales ou politiques de l’espace national ou villageois, la nouvelle génération d’écrivains francophones subsahariens oppose de plus en plus l’hérésie ou le «marronnage». Sur les traces de Sony Labou Tansi, Kossi Efoui, né au Togo en 1962[42], et dont l’œuvre littéraire est travaillée en sourdine par les bouleversements politiques survenus autour de son année de naissance, prône ainsi un art moderne rompant avec la mélodie des discours identitaires, et accueillant « l’héritage planétaire », en vue d’une restauration radicale des conditions classiques de la littérature.

Il y a là quelque défiance à l’égard des repères géographiques et culturels tels qu’ils peuvent être décrits et sanctifiés par les œuvres de Couchoro ou de Hampâté Bâ, de Senghor, Malonga ou Diabaté.  Plus aucune magie n’auréole le retour aux sources, et la vie des héros ne se résume plus à une attente angoissée de «l’âge où les masques livrent leurs secrets » (Laurent Owondo).

Désormais, déclare Kossi Efoui, les écrivains pratiqueront la «transhumance»: ils ne se réfèreront plus de manière attendue à un espace rassurant, celui du territoire d’origine ou de la culture d’accueil. Le chemin et le voyage seront l’obsession de leurs personnages, et l’espace de leurs traversées celui fantasmagorique de leurs connivences avec des écrits de littérature française, allemande ou latino-américaine.

Aussi, au centre des remous actuels, l’écriture francophone subsaharienne cherche-t-elle à entretenir le mythe du créateur universel. Et dans l’élaboration de cette nouvelle poétique le romancier doit «avancer masqué» s’il se veut conforme à l’idée que Kossi Efoui se fait de son profil idéal. Il doit encore, par rapport au rigorisme moral ancien, se laisser emporter par la fascination de la sensualité. C’est ce que figurent des romans tels que Sur l’autre rive; Femme nue, femme noire; Place des fêtes; Collier de paille; Hermina; Cola Cola Jazz; African Psycho; La nuit est tombée sur Daka ; La Fête des masques; Le Paradis des chiots ou Filles de Mexico[43]), qui se focalisent sur la tentation charnelle sans pour autant y entendre un symbole de la chute, car, désormais, le souci religieux n’assure plus la tension narrative. Une relation essentielle entre l’absurde et l’obscène lui est substituée, pour signifier, loin du pays d’origine et de ses carcans moraux, la grande complaisance de l’écrivain avec lui-même.

Donner par l’écriture l’impression d’une vie dégagée du déterminisme qui liait indéfectiblement le créateur au continent, tel est le sentiment qui se dégage de la lecture des œuvres nouvellement produites, en France, par des écrivains francophones subsahariens. Elles somment le lecteur de mesurer leur valeur à leur puissance de choc et à la vérité dérangeante de leurs révélations : sur les secrets de famille et les vices cachés dans des communautés jusqu’ici réputées sans taches. Dans cette prose désenchantée, l’écrivain refuse de se mesurer à de vastes problèmes, ou plutôt, faisant passer tout patriotisme comme suranné, il ne veut reconnaître que l’ivresse tenant à sa nature de créateur incontrôlable.

Sami Tchak est à cet égard un auteur central. Après un premier roman (Place des fêtes en 2001) où il n’épargne aucune des icônes du sanctuaire des générations antérieures – mère, père, famille, patrie -, il continue avec Hermina (2003) et La fête des masques (2004) à contourner le territoire habituel de l’écriture francophone subsaharienne. Sans doute s’agit-il ici d’un des exemples les plus réussis d’une création – par un auteur africain – d’un espace imaginaire où la terre d’origine est à peine perceptible dans la microstructure du récit. En l’occurrence, l’inspiration naît d’une multitude de lectures – surtout dans Hermina – ou d’une plongée dans l’univers hispanophone, dont cependant bien des lieux interlopes pourraient rappeler une certaine Afrique urbaine déstructurée. Livré à la permanence de son pessimisme, le romancier poursuit, en France, loin des limites imposées par les conventions, une œuvre romanesque originale par son style éclectique comme par son contenu subversif. Le premier volume, Place des fêtes, avait retenu l’attention d’une minorité. L’accueil fait au second, Hermina, révèle un élargissement non négligeable d’audience, en France.

Jusqu’ici, tous les romans de cet auteur déplacent l’accent porté par ses aînés sur des valeurs culturelles communautaires, à l’individu dépeint comme si pour lui le passé était considéré comme clos et sans lien avec la vie qui se poursuit «poreuse à tous les souffles du monde». Et l’on avait pensé, après Hermina (2003) et La Fête des masques (2004), que le romancier tenterait d’en compenser le fond luxurieux par un retour vers des valeurs plus « africaines ». En fait, fidèle à son tempérament, il l’exprimera dans Filles de Mexico (2008) sur le ton que naguère, pliant le monde à sa vision désabusée.

 La poésie idyllique de l’enfance, qui avait nourri les écrits d’avant, n’éclaire plus cette littérature impatiente de prendre ses distances avec un passé opaque. Sans doute, pour leurs vues pessimistes, conviendrait-il de rapprocher l’œuvre de Sami Tchak de celle de Bolya[44] (Les Cocus posthumes 2001, Afrique, le maillon faible, 2002), la seconde étant volontiers plus pamphlétaire.

Sur un mode moins iconoclaste, d’autres auteurs migrants, Gaston-Paul Effa (Quand le ciel se retire ou Cheval-Roi), Sénouvo Zinzou (Le Médicament) ou encore Tierno Monénembo (Pelourinho), situent le roman en Aquitaine ou dans le bocage normand, en Allemagne ou au Brésil, sans pour autant renoncer au fonds anthropologique du Cameroun, du Togo ou de la Guinée. Et la même remarque vaut lorsqu’il s’agit de la ville de Strasbourg chez Fatou Diome (Le Ventre de l’Atlantique), de Paris – ses quartiers ou sa région –  dans l’œuvre de Daniel Biyaoula (L’Impasse, Agonies) ou celle de Calixthe Beyala (Le Petit Prince de Belleville, Maman a un amant par exemple). Il s’agit de villes-refuges, pour l’écrivain et son œuvre s’inscrivant ipso facto à l’écart du champ littéraire sénégalais, congolais ou camerounais. Il en va de même de l’Amérique du Nord dans Dossier classé d’Henri Lopes pourtant fortement inspiré de Beto na beto de Mambou Aimée Gnali (2001). La voix de ces écrivains, sans grande ambition quant au champ de la pensée et de la littérature civique, n’est plus repliée sur l’espace africain, mais elle en garde le timbre et les accents d’origine.

On peut encore remarquer que certaines œuvres littéraires, après s’être longuement poursuivies à l’Etranger, se referment sur leur pays d’origine: de Ville cruelle (1954) à Branle-bas en noir et blanc (2000), celle de Mongo Béti est à cet égard exemplaire. Elle s’est, même lorsque son espace d’écriture a souvent été la France, abondamment nourrie d’épisodes et de personnages tirés de l’histoire sociale et politique du Cameroun. Ainsi peut-on aussi  appréhender l’univers romanesque de Tierno Monénembo dont les textes, des Crapauds-brousse (1979) à Peuls (2004) en passant par Cinéma (1997) – qui sur fond de quête identitaire allie à une haute élaboration stylistique la flamme des paroles anti-impérialistes -, ont pour thème récurrent la démocratisation de la Guinée.

Selon une démarche sensiblement différente, certains écrivains qui ont entamé leur œuvre à l’étranger, l’y poursuivent tout en traitant de sujets en référence perpétuelle au pays d’origine: outre Bolya,  peuvent être cités Olympe Bhêly-Quénum ou Daniel Biyaoula. Et c’est dans cette perspective que l’on peut voir un lien entre Abdourahman Wabéri et Charles Djungu Simba, Sévanou Dabla et Alain Mabanckou, Amadou Elimane Kane ou Mariama Barry. 

La fidélité aux origines se traduit ainsi dans l’œuvre romanesque de Gaston-Paul Effa par des notations culturelles très précises, y compris dans ses textes entièrement situés en France: Quand le ciel se retire (1993) peut ici être cité. Le romancier y décrit les amours illicites d’un homme d’église découvrant avec Roberte, une femme mariée, l’ivresse des sens et la sensation que le péché confirme l’essence surnaturelle de l’homme. Ce prêtre français, le narrateur le fait naître en Afrique d’où il partira très vite sans en comprendre les « secrets ». Il en connaît cependant certaines populations sur lesquelles il pense pouvoir porter des jugements: les bétis, doualas, bamilékés et bassas. Ce qui situe l’univers de référence au Cameroun. Et c’est toujours de cette géographie natale que traite La Saveur de l’ombre (1993) lorsque l’auteur s’en prend à la polygamie d’Etoga, un chef béti dont l’arrogance n’a d’égale que son inaptitude à comprendre ses épouses ou ses compatriotes provenant d’autres horizons linguistiques et culturels.

C’est dire que le séjour en France, loin d’émousser la référence à l’espace culturel d’origine, stimule au contraire l’élan patriotique, conférant ainsi à la littérature des migrants une facture civique à l’image de l’écriture des résidents.

Quelque lointain que puisse être l’espace fictif où se déploie le roman subsaharien, ce monde neuf demeure pris dans les ombres intérieures du pays natal[45]. Dossier classé d’Henri Lopes (2002), dont le Mossika sert de cadre mythique, n’échappe pas à cette tendance générale de l’écriture. Et Daniel Biyaoula, dans La Source de joies (2003), en dépit de la critique torrentielle déversée sur les clivages ethniques en pratique dans l’univers originel, et au-delà de la terreur des « grands guides », laisse percevoir un profond attachement aux paysages qui égayent les deux bords du fleuve Congo, inépuisable source d’inspiration à laquelle sont consacrées les plus belles pages du roman.

En 1974,  dans le sillage de L’Aventure ambiguë, Chaîne de Saïdou Bokoum revenait sur le thème du héros de roman déboussolé parce qu’ayant quitté son pays pour se fourvoyer dans l’espace inquiétant d’une France dont il ne maîtrise aucun des codes sociaux. Kanaan Niane, le personnage principal du récit échappe au suicide à la fin de Chaîne, puis se consacre  à l’aide à ses frères  de misère, des immigrés comme lui qu’il veut détourner du dégoût d’eux-mêmes. C’est dire que la littérature avait annoncé l’émigration comme un parcours destructeur, à une époque où l’unanimité était belle autour des valeurs-refuges que constituaient le continent et son passé, la patrie ou la langue.

Aujourd’hui cette attitude est relayée par les points de vue les plus variés, allant de celui de Doomi Golo qui plaide pour un retour aux sources linguistiques et philosophiques (Kocc Barma Faal), à celui des écrits de guerre, qui, tel La Mort ne veut pas de moi (1997) de Yolande Mukagasana, préviennent contre les dangers de l’étroitesse d’esprit qui confine à l’intolérance ethnique.

Cette évolution passe aussi par une nouvelle littérature de l’hybridité dont on ne saurait écarter Marie Ndiaye parmi les chefs de file, et à laquelle se rattachent Dossier classé d’Henri Lopes, 53 cm de Bessora ou encore Lagon, Lagunes de Sylvie Kandé ou Cola Cola Jazz de Kangni Alem. Les personnages centraux de ce courant littéraire n’entretiennent plus avec le pays d’origine – d’un des parents tout au moins – un rapport inconditionnellement révérencieux, car là n’est point la «source de Simal» d’où proviendrait toute la sève des œuvres. Cette dernière est au contraire puisée dans un sol  plus composite «où les continents tremblent sur leurs plaques et où les détours de la filiation s’enchevêtrent en un vertige» (Edouard Glissant). Fanny, l’héroïne de En famille de Marie Ndiaye (1990), est à cet égard la représentante d’un groupe de personnages romanesques mis au ban des familles reposant étroitement sur des certitudes mono-raciales ou mono-culturelles. L’amertume de sa condition comme celle du sort de ses congénères (chez Lopes ou Kangni Alem) est dépeinte avec une grande lucidité. Pourtant, dans cette écriture de l’altérité, la clé des œuvres n’est pas dans le ressentiment. Elle serait plutôt dans une grande méfiance à l’égard des séductions du discours univoque de l’enracinement identitaire. Quelle est l’origine précise? De quelles racines a-t-on à se couper? Quelle terre tient-elle lieu de bercail? Telles sont les interrogations qui traversent le discours littéraire subsaharien d’aujourd’hui. Et pour qu’elles ne tournent à une introspection stérile, l’un des observateurs des «littératures du Sud», Michel Le Bris[46], propose, au-delà de l’espace francophone, qu’elle soit saisie dans un mouvement plus large.

Pour une «littérature-monde»

Le champ littéraire tel qu’il se constitue en France, au cours de la période qui va de 1848 à la fin du XIXe siècle[47], avec le processus d’autonomisation croissante qui le caractérise, n’a sans doute pas son équivalent en Afrique subsaharienne où les premiers écrivains francophones  – L’Abbé Boilat, Félix Couchoro, Ousmane Socé, Paul Hazoumé, Léopold Sédar Senghor, Birago Diop ou Abdoulaye Sadji -,  souvent publiés par des maisons d’édition françaises, disposent d’un lectorat très réduit.

En fait, ils prennent possession du champ littéraire jusque-là investi par les écrivains coloniaux[48], et dont un livre comme Notre Carthage (1922) de Paul Adam (1862-1920), édité à la mémoire d’Amédée William Merleau-Ponty[49], et préfacé par le Général Mangin[50], expose le fond idéologique, et laisse entrevoir le public visé : «des touristes, des chasseurs, des érudits, des ingénieurs de toutes compétences[51] » qu’il s’agit de convaincre de la « force de l’unité française », afin qu’ils reviennent d’Afrique avec une volonté encore plus ferme de servir leur pays dans son expansion coloniale.

Se substituant aux auteurs coloniaux, les écrivains subsahariens cultiveront l’authenticité[52] pour se démarquer du premier  discours littéraire. D’entrée de jeu, leurs textes revêtirent le caractère d’une littérature ethnographie. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement si nous nous rappelons qu’elle est la volonté des artistes : apporter la preuve qu’ils n’appartiennent pas à un continent-table-rase, comme insolemment le colonisateur en avait voulu persuader le monde. Et leur tentative d’émancipation des circuits de diffusion du roman colonial sera encouragée par des créations de maisons d’édition africaines : en 1947 Présence Africaine à Paris, les éditions C.L.E. en 1963 à Yaoundé, au Mali en 1967 les Editions Populaires du Mali. Le président Léopold Sédar Senghor apportera à cette édification d’un circuit de distribution du livre africain un concours notable, car c’est sur son initiative que sont créées en 1972 à Dakar les Nouvelles Editions Africaines (N.E.A.)[53]. Celles-ci auront ensuite des filiales régionales, à Abidjan puis à Lomé.

Si parfois des éditeurs français partenaires – Hachette, Hatier, Bordas ou  Nathan – se sont intéressés à cette entreprise de soutien du livre africain, leur démarche a surtout visé les livres scolaires. Le roman, la poésie, les nouvelles figurent, profondément expurgés, dans les ouvrages ainsi fabriqués.

Ce champ littéraire subsaharien, qui réunit éditeurs du continent et associés européens[54], reflètera avec une acuité particulière des tensions entre langues (Kourouma, Sony Labou Tansi), mais encore entre univers symboliques (Hampâté Bâ, Ngal, Mudimbe). Il sera aussi le lieu de conflits (Béti-Laye, Sembène-Senghor),  ou de refus (Boubacar Boris Diop : Doomi Golo), d’ententes (Henri Lopes passant des éditeurs africains au Seuil, puis chez Gallimard, et de thématiques africaines à des thématiques métisses), ou de compromis. Par tous ces biais seront déterminés des modes d’insertion de chacune des langues, de chacun des univers symboliques dans un espace mental commun (francophone) encore en formation[55], et dont ne saurait prédire l’avenir.

Champ littéraire et forces centrifuges

Face à l’indétermination des contours du champ littéraire francophone subsaharien, et souvent aux approximations de ses réseaux d’édition et de diffusion, le nombre est de plus en plus important d’auteurs ayant opté d’écrire hors d’Afrique, défendant ainsi l’actualité internationale dont ils vivent, et tentant, dans une prose résolument transgressive, d’insérer leur œuvre dans un champ mieux structuré, plus cohérent à leurs yeux[56]. L’un d’eux fait remarquer que:

L’essor de la littérature est souvent lié à l’histoire d’une nation. Honnêtement, pour beaucoup d’écrivains, écrire c’est rêver de devenir les hôtes des grandes nations. Les écrivains francophones africains par exemple rêvent (je crois que chacun de nous est conscient de cela) de devenir les hôtes de la France, pas exclusivement, mais c’est important). Parce qu’en l’état actuel des choses, nos pays ne peuvent pas favoriser l’existence d’une littérature autonome […]. La littérature est une réalité culturelle qui a besoin d’une armée économique derrière elle. C’est à ce  titre qu’elle peut conquérir le monde. Les grands écrivains des grandes nations  s’imposent ou sont imposés comme les grands écrivains du monde. Bien sûr, ils sont de grands écrivains, mais leur aura mondiale dépend pour une grande part des nations qu’ils ont derrière eux. Nous sommes orphelins de nations pour le moment. J’écris avec  cette douloureuse conscience[57].

Quel est donc le remède? La « douloureuse conscience » de l’écrivain d’origine togolaise est reformulée par le groupe de quarante-quatre écrivains ayant signé le «manifeste pour une littérature-monde» en des termes plus optimistes.  Il y perçoit le signe d’une position de plus en plus significative des créateurs africains, non plus seulement dans le champ littéraire français, mais, bien au-delà, dans un espace symbolique nouveau, où la langue n’est plus l’apanage d’une seule nation[58].

Cette percée dans un univers où seuls comptent désormais, par-delà la langue, les sujets abordés, la richesse des imaginaires et la prééminence du style, implique selon les signataires du «manifeste», une révision du vocabulaire critique:   

L’émergence d’une littérature-monde en langue française consciemment affirmée, ouverte sur le monde, transnationale, signe l’acte de décès de la « francophonie ». Personne ne parle le «francophone» ni n’écrit en «francophone». La francophonie est de la lumière d’étoile morte[59].

La « littérature-monde » ici prônée n’aurait-elle pas trop vite fait de ne tenir pour littérature « francophone » que la littérature écrite en dehors de l’Afrique? Or, même produit en dehors du continent, le discours littéraire en cours aujourd’hui s’y réfère encore de manière plus ou moins explicite[60].

Notons enfin qu’au-delà des œuvres et de leur contenu, dans le « marché[61] » du livre – éditions, revues, presse ou ondes, salons -, Paris et ses relais dans le monde créent une réputation ou ouvrent un avenir beaucoup plus aisément que ne pourraient le réussir Dakar ou Lomé, Abidjan ou Yaoundé, toutes villes africaines qui sont aussi des sièges de maisons d’édition: les Nouvelles Editions Africaines ou C.L.E. (Centre de Littérature Evangélique).

Aussi l’image ambiguë de l’écrivain francophone et sa position dans la communauté africaine où son rôle est bien moins important aujourd’hui qu’il ne le fut dans le passé[62], expliquent-elles que les auteurs soient portés à des oscillations en matière politique[63], comme pour ce qui est de leur survie économique, et qu’ils «tendent à glisser […] vers le champ qui se trouve momentanément renforcé[64]». La mondialisation n’est pas une menace, c’est une tribune offerte à l’écrivain subsaharien qui, quel que soit le champ littéraire dans lequel il est inscrit, reste le truchement d’une culture familiale et d’une sensibilité l’amarrant, bon gré mal gré, au continent d’origine. La lecture de Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye[65], prix Goncourt 2009, en convainc grandement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éléments de bibliographie

(outre les titres mentionnés dans l’article)

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. János Riesz: De la littérature coloniale à la littérature africaine. Prétextes-Contextes-Intertextes. Paris : Karthala.


[1] La dédicace de La Savane rouge (Paris : Les Presses Universelles 1962) de Fily Dabo Sissoko confirme, quatre décennies après Mapâté Diagne (Les trois volontés de Malic, 1920) la dette des écrivains subsahariens à des maîtres occidentaux : « Je dédie ce livre de souvenirs à la mémoire de mon maître incomparable, Fernand Froger, qui m’ouvrit des horizons sur la culture, m’enseigna les vertus du « non acquiescement », et raffermit ma foi dans la pérennité des traditions». Fily Dabo Sissoko est l’auteur de : Crayons et portraits (1953), Harmakhis, poèmes du terroir africain (1955),  Sagesse noire, sentences et proverbes malinkés (1955), La Passion de Djimé (roman, 1956),  La Savane rouge (livre de souvenirs, 1962), Poèmes d’Afrique noire (1963), 

[2] «Et puisqu’il faut m’expliquer sur mes poèmes, je confesserai encore que presque tous les êtres et choses qu’ils évoquent sont de mon canton : quelques villages sérères perdus parmi les tanns et les bois et les bolongs et les champs. Il me suffit de les nommer pour revivre le Royaume d’enfance – et le lecteur avec moi, je l’espère – « à travers des forêts de symboles ». J’y ai vécu jadis avec les bergers et les paysans. Mon père me battait, souvent, le soir, me reprochant mes vagabondages ; et il finit, pour me punir et « me dresser », par m’envoyer à l’Ecole des Blancs, au grand désespoir de ma mère qui vitupérait qu’à sept ans, c’était trop tôt. J’ai donc vécu en ce royaume, vu de mes yeux, de mes oreilles entendu les êtres fabuleux par-delà les choses: les Kouss dans les tamariniers, les Crocodiles, gardiens des fontaines, les Lamantins, qui chantaient dans la rivière, les Morts du village et les Ancêtres, qui me parlaient, m’initiant aux vérités alternées de la nuit et du midi. Il m’a donc suffi de nommer les choses, les éléments de mon univers enfantin pour prophétiser la Cité de demain, qui renaîtra des cendres de l’ancienne, ce qui est la mission du poète». Postface aux Ethiopiques, 1956.

[3] Voir en bibliographie les titres des essais consacrés  au corpus littéraire francophone, de Roland Lebel à Boniface Mongo Mboussa (Désir d’Afrique. Paris : Gallimard 2002), en passant par Josias Sémujanga (Dynamiques des genres dans le roman africain. Paris : L’Harmattan 1999) ou encore Locha Matéso (La littérature africaine et sa critique. Paris: Karthala 1986). Entre l’approche socio-culturelle de Bernard Mouralis (Littérature et développement. Paris : Silex 1984),  celle de Lilyan Kestekoot axée sur l’idéologie de la Négritude (Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature en 1961), et le manifeste d’une nouvelle littérature africaine de patrice Nganang (Paris : Hémisphères 2007) l’effort de conceptualisation est soutenu, sans pour autant qu’une des orientations proposées ne l’emporte sur les autres. L’oscillation est permanente entre « littérature de devoir » (l’expression est de Tierno Monénembo) et littérature d’imagination (illustrée par Koffi Efoui, Sami Tchak et, dans une certaine mesure, Henri Lopes). La critique aussi varie d’un bord à l’autre. Voir à ce sujet: Papa Samba Diop et Sélom Komlan Gbanou (Edit.) : Ecrire l’Afrique aujourd’hui. Langres : Editions Dominique Guéniot 2008.

[4] Voir Fabrice Thumerel : Le Champ littéraire français au XXe siècle. Eléments pour une sociologie de la littérature. Paris : Armand Colin 2002.

[5] Une étude est proposée par Jean-Marc Moura dans Littératures francophones et théorie postcoloniale. Paris : PUF, édition de 2007 : 67, 71,

[6] Cf. à ce sujet les travaux de János Riesz, et particulièrement Koloniale Mythen-Afrikanische Antworten, Band 1 (Frankfurt : IKO Verlag 2000) au chapitre 4 « Assimilation an französische Sprache und Kultur- Politische Auseinandersetzung und literarische Darstellung » : 55-71.

[7] Qui sont les « quatre communes » du Sénégal : à savoir qu’elles jouissent d’un statut comparable à celui d’une commune en France. Leurs ressortissants jouissent du statut de citoyens français.

[8] Ecrivain et universitaire ivoirien né en 1953 et pour qui la lecture Delavignette a été déterminante. L’influence de ce dernier est remarquable dans deux de ses romans : Jusqu’au seuil de l’irréel (1976) et Les Coupeurs de tête (1999).  Sur fond de traditions africaines, Amadou Koné bâtit la plupart de ses textes romanesques, pour souligner la perte progressive des valeurs du passé due à une élite irresponsable. Sa théorie du roman est essentiellement contenue dans son essai intitulé Des textes oraux au roman moderne : étude sur les avatars de la tradition orale dans le roman ouest-africain. Frankfurt : IKO Verlag 1993.  Il est aujourd’hui professeur à Georgetown University à Washington.

[9] Jacques Chevrier : Littérature nègre. Paris : Armand Colin, Edition de 1999 : 33.

[10] Rapporté par Michel Fabre. Dans Ambroise Kom (Edit.) : Dictionnaire des œuvres littéraires négro-africaines de langue française. Paris-Québec : ACCT-Editions Naaman 1983 : 195.

[11] Cf. Jean-Marc Moura : Littératures francophones et théorie postcoloniale. Paris PUF. Edition de 2007 :  51-54.

[12] Voir Xavier Garnier : Le Roman swahili. La notion de « littérature mineure » à l’épreuve. Paris : Karthala 2006.

[13] Boubou Hama a consacré plusieurs travaux à la tradition orale africaine : en 1967 Histoire traditionnelle d’un peuple : les Zarma-Songhay ; en 1969 Kotia-Nima qui est le récit de son itinéraire spirituel; en 1972-1973 Contes et légendes du Niger. Il est aussi l’auteur d’un essai intitulé Le Double d’hier rencontre demain (1973).

[14] Voir Papa Samba Diop : « Au cœur de la littérature négro-africaine d’écriture française : problèmes littéraires et sociologiques ». Bayreuth : Bayreuth African Studies Series, No. 3 (1985) : 61-122.

[15] Né en 1900 et mort en 1964 à Bamako (Mali), Fily Dabo Sissoko est le fondateur du Parti Soudanais Progressiste (1948). Accusé de trahison par Modibo Keïta (1915-1977, Président de la République du Mali de 1960 à 1968, année où il est renversé par un coup d’Etat militaire), il est arrêté  et condamné à une lourde peine de détention. Il meurt en prison.

[16] Voir pour l’analyse de l’œuvre de cet écrivain Papa Samba Diop et Xavier Garnier (Edit.) : Sony Labou Tansi à l’œuvre. Paris : L’Harmattan 2007.

[17] Titre du roman de Tchichellé Tchivella : L’Exil ou la tombe (1986).

[18] Sans équivalents africains, pour des œuvres à peine connues sur le sol africain.

[19] Léopold Sédar Senghor : In Hommage à René Maran. Paris : Présence Africaine 1965, écrit : « Tout le roman nègre procède de René Maran, que l’auteur s’appelle Ferdinand Oyono ou André Demaison. Après Batouala on ne pourra plus faire rire, travailler, aimer, pleurer, parler les Nègres comme les Blancs. Il ne s’agira même plus de leur faire parler « petit nègre », mais wolof, malinké, éwondo en français. Car c’est René Maran qui, le premier, a exprimé l’âme noire avec le style nègre en français », page 13.

[20]Yambo Ouologuem est né en 1940 à Bandiagara (Mali). Outre le Devoir de violence (1968), il a écrit dans la même veine pamphlétaire Lettre à la France nègre (1969), texte où il développe des revendications raciales et prône l’égalité dans les échanges culturels et économiques Nord-Sud. D’autre part, sous le pseudonyme d’Utto Rodolph il a publié un ouvrage érotique en 1969 : Les Mille et Une Bibles du Sexe.

[21] Alain Mabanckou est Professeur à l’University of California-Los Angeles (UCLA), au Department of French an Francophone Studies.

 [22] Research in African Literatures, Présence francophone, Présence Africaine, Ethiopiques, L’Année francophone internationale, Bayreuth African Studies, qui poursuivent en partie les mêmes objectifs (que Cultures Sud) de collecte, de diffusion et d’analyse des littératures subsahariennes, ont cependant un tirage moins important. Sur le plan universitaire, les Komparatistische Hefte (1980-1994) de l’université de Bayreuth (Allemagne) ont cessé de paraître faute de financement.

[23] Le conseil scientifique de la revue est composé de spécialistes des littératures francophones provenant des universités européennes, nord-américaines, africaines, maghrébines, ou de l’Océan indien.

[24] Entendue comme espace où le français sert de langue de communication: la France et tous les pays où l’usage du français est officiel ou  courant.

[25] Cf. analyses de János Riesz dans Französisch in Afrika. Herrschaft durch Sprache. Band II de la série Europäisch-afrikanische Literaturbeziehungen. Frankfurt : IKO Verlag 1998. Voir surtout les chapitres « Anfänge des französischen Schulunterrichts in Afrika im 19. Jahrhundert »: 23-26;  et « Die französische Sprache im Zeitalter des Imperialismus»: 27-34.

[26] Voir Christine Le Quellec Cottier et Daniel Maggetti (Edit.): Ecrire en francophonie: une prise de pouvoir? Numéro 279 (2008) de la Revue des Lettres, Faculté des Lettres, Université de Lausanne (Suisse).

[27] Expression contenue dans le sous-titre de l’article: «Le manifeste de quarante-quatre écrivains en faveur d’une langue française qui serait «libérée de son pacte exclusif avec la nation». Le Monde des Livres, 16 mars 2007.

[28] Mouvement littéraire lancé par Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas et Aimé Césaire, et bien dévalué par l’usage, la Négritude est la défense et l’illustration des valeurs culturelles, sociales et politiques du monde noir, et la conscience d’appartenir à cet univers. Elle sera longtemps plus «francophone» qu’ «anglophone», son principal détracteur en Afrique anglophone étant le Nigérian Wole Soyinka (Prix Nobel de Littérature en 1986), qui y a vu, dans le champ littéraire « français », une revendication de légitimité formulée par un groupe d’intellectuels noirs insatisfaits de leur condition de colonisés, et impatients de tenir sur la scène littéraire comme dans l’arène politique un rang digne de leur statut d’ «évolués». Mais on trouve aussi dans l’espace francophone africain des voix s’élevant contre la négritude, notamment dans deux ouvrages : Léopold Sédar Senghor : négritude ou servitude de Marcien Towa (C.L.E. 1971) et Négritude et négrologues de Stanislas Adotévi (Le Castor Astral 1972). Elles reprochent à ce mouvement littéraire d’être une création beaucoup plus « parisienne » qu’africaine.

[29] La maison du bonheur (poèmes), 1909 ; La Vie intérieure (poèmes), 1912 ; Le Visage calme (poèmes), 1922 ; Le Petit Roi de Chimérie (contes) , 1924 ; Djouma, chien de la brousse (roman), 1931 ; Le Cœur serré (roman), 1931 ; Le Livre de la brousse (roman), 1934 ; Les Belles images (poèmes), 1935 ; Livingstone (biographie), 1938 ; Bêtes de la brousse (roman), 1942 ; Les Pionniers de l’empire (biographies), 1943, 1946, 1955 ; Peines de cœur (contes), 1944 ; Un homme pareil aux autres (roman), 1947 ; Savorgnan de Brazza (biographie), 1941-1951 ; Bacouya le Cynocéphale (roman, 1953) ; Le Livre du souvenir (poèmes), 1958 ; Bertrand du Guesclin ou l’Epée du roi (biographie), 1961.

[30] Traduction de Jean-Pierre Carasso. Paris. Seuil 1981.

[31] « L’œuvre de Calixthe beyala n’est pas seulement plébiscitée par le public qui achète ses livres, mais elle reçoit aussi des titres de reconnaissance littéraire. Avant le Grand Prix du roman de l’Académie, elle avait obtenu, en 1994, le prix François Mauriac pour Assèze l’Africaine (qui avait manqué le prix Femina) et le Prix du meilleur écrivain africain en 1994. Son nom figurait dans les premières sélections du Goncourt (voir Le Figaro du 25 octobre 1996) ». Madeleine Borgomano, in Art. op.cit.: 251.

[32] «Il semblerait bien que les polémiques suscitées par le cas Beyala manifestent, dans leurs contradictions apparentes et leurs confusions réelles, un exemple de cas que Bourdieu  nomme « les formes douces de la tyrannie qui s’exerce dans la République des Lettres ». Et que cette tyrannie se trouve exacerbée quand il s’agit d’une littérature certes « francophone », mais pas tout à fait française, tolérée tant qu’elle reste marginale […]. Madeleine Borgomano : Idem.

[33] Dans Le Figaro du 29 janvier 1997.

[34] Cf. «L’affaire Calixthe Beyala», Art. De Madeleine Borgomano. In Romuald Fonkoua et Pierre Halen (Edit.): Les Champs littéraires africains. Paris : Karthala 2001 : 246.

[35] Madeleine Borgomano. Art. cit. : 257.

[36] Cf. l’étude de Jean-Marc Moura : Littératures francophones et théorie postcoloniale. Paris : PUF 1999. Rééditée en 2007

[37] Eugène Purjarniscle : Philoxène ou de la littérature coloniale. Paris : Firmin Didot 1931. Pierre Mille note que dans cet ouvrage : « Pujarniscle déblaie cette littérature coloniale de toutes les œuvres qui ne sont pas véritablement coloniales, de celles où l’on voit la petite épouse indigène mourir d’amour pour son amant européen, ce qui n’est jamais arrivé […], de celles aussi qui ne sont qu’exotiques, faussement exotiques, et non point coloniales ».

[38] Les distinctions entre le champ du pouvoir et le champ littéraire, et la subordination pouvant les rapprocher sont étudiées par Pierre Bourdieu dans Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire. Paris : Seuil 1992 : notamment aux pages 87-163.

[39] Reprise par Jean-Marc Moura dans Littératures francophones et théorie postcoloniale (1999), la notion de paratopie est forgée par Dominique Maingueneau (Le Contexte de l’œuvre littéraire. Paris: Dunod 1993) qui y entend « une difficile négociation entre le lieu et le non-lieu, une localisation parasitaire qui vit de l’impossibilité même de se stabiliser » (24).

[40] Ecrivain de la nouvelle génération, Abdourahman Wabéri est né en 1965 à Djibouti. En 1985 il quitte son pays pour des études d’anglais d’abord à Caen puis à Dijon. Il est aujourd’hui installé en France. Son œuvre : Les Nomades mes frères vont boire à la grande Ourse, 199 ; Cahier nomade, 1994; Le Pays sans ombres, 1994; Balbala, 1997; L’œil nomade, 1997; Rift, Routes, Rails, 2000; Moisson de crânes, 2000; Transit, 2003; Aux  Etats-Unis d’Afrique, 2006. 

[41] Qu’expliquent la nature des régimes politiques ou les violences tribales.

[42] Etudiant en philosophie à l’université de Lomé (Togo), il prendra part à plusieurs mouvements de contestation du régime de Gnassingbé Eyadéma, et sera contraint à l’exil en France. Son œuvre littéraire comporte du théâtre (Le Carrefour, 1989; La Malaventure, 1993; Le Petit frère du rameur, 1995; L’Entre-deux rêves de Pitagaba, 1998 ), des romans (La Polka, 1998; La fabrique de cérémonies, 2001) et des nouvelles (Volatiles, 2006).

[43] Voir pour le détail de ces titres : Papa Samba Diop «Nouvelle génération : 25 auteurs à découvrir». Paris : Cultures Sud. No. 166 (juillet-septembre 2007) : 9-18.

[44] Né au Congo-Kinshasa en 1957, Baenga Bolya alterne romans et essais, avec pour sujet principal une Afrique grugée sur les plans économique et spirituel : Cannibale (roman, Paris : Editions Pierre Marcel Fabre 1986) / L’Afrique en kimono (essai, Paris : Editions Nouvelles du Sud 1991) / L’Afrique à la japonaise. Et si l’Afrique était mal mariée (essai, Paris : Editions Nouvelles du Sud 1995) / La Polyandre (roman, Paris : Le Serpent à Plumes 1998) / Les Cocus posthumes (roman, Paris : Le Serpent à Plumes 2001) / Afrique, le maillon faible (essai, Paris : Le Serpent à Plumes 2002).

[45] Le pays intérieur, si cher dans un autre champ littéraire à Henri Bauchau.

[46] Editeur, écrivain, philosophe et journaliste, Michel Le Bris est directeur de Festival Etonnants Voyageurs (créé à Saint-Malo en 1990) et du Centre d’Art à l’Abbaye de Doualas (Finistère).

[47] Voir Bernard Mouralis : in Romuald Fonkoua et Pierre Halen  (Edit.): Les champs littéraires africains. Op.cit. : 46.

[48] Cf. l’un des meilleurs ouvrages sur la production littéraire portant sur l’Afrique pendant la période coloniale, L’Afrique Occidentale dans la littérature française. Roland lebel. Paris: Larose 1925. C’est un tableau général des ouvrages de langue française, où l’auteur dégage des tendances , distinguant une littérature de voyage et de conquête, d’une littérature technique, et cette dernière d’une littérature d’imagination : « Il y a là de bons livres qui méritent d’être lus, des travaux sérieux qui doivent être encouragés, une richesse de réalisations et de promesses qu’il faut connaître, enfin une utile affirmation de la valeur de nos coloniaux, hommes d’étude autant qu’hommes d’action, chez qui le souci de savoir s’allie à la volonté de bien faire et au goût de bien écrire. Nous estimerions n’avoir pas entrepris une tâche inutile si ce volume (L’Afrique Occidentale dans la littérature française) contribuait à faire apprécier à la faveur des ouvrages qu’ils écrivent, l’activité créatrice, jeune et féconde, des Français d’Afrique ».  Roland Lebel, Rabbat, 31 décembre 1924, préface du livre.

[49] Né le 4 février 1866 à Rochefort-sur-Mer, et mort le 13 juin 1925 à son poste de Gouverneur Général de l’Afrique Occidentale Française.

[50] 1866-1925.  Auteur de La Force noire (1910), Mangin est nommé à partir de 1921 inspecteur général des troupes coloniales et membre du Conseil supérieur de la guerre.

[51] Termes de la préface.

[52] Voir de János Riesz De la littérature coloniale à la littérature africaine. Prétextes-Contextes-Intertextes. Paris : Karthala 2007.

[53] Senghor crée le N.E.A. en association avec le Côte-d’Ivoire, le Togo et des éditeurs français : EDICEF (qui détient aujourd’hui 15°/ du capital, et Nathan pour aussi 15°/ . L’Ètat sénégalais assure 20°/ du budget, et des actionnaires privés sénégalais 40°/ des fonds.  Les N.E.A. du Sénégal s’adressent à un public varié en publiant aussi bien de la littérature générale que des ouvrages scolaires et universitaires, ou des essais, des livres pour enfants, des bandes dessinées ou des guides pratiques (tourisme, cuisine, couture…). Il n’y a pas si longtemps, la presse y occupait une bonne place : avec les revues Le Pédagogue et Souka Magazine.

Les N.E.A. sont Complétées, à Paris, par la création de L’Harmattan (1975), à la fois édition et librairie ;  Karthala (1980); Silex (1980) : pour l’édition et la diffusion d’œuvres littéraires subsahariennes. En outre, des éditeurs parisiens participent à cette promotion des auteurs africains : Armand Colin avec la collection « Classiques africains », Maisonneuve et Larose, le Seuil, les P.U.F. Fernand Nathan, les éditions Nathan qui ont lancé en 1980 la collection « Monde noir ».  Voir Jacques Chevrier : Littérature nègre. Paris: Armand Colin, édition de 1999 : 219-226.

[54] Financièrement plus puissants : « À quelques exceptions près, les maisons d’éditions africaines restent dans la mouvance politique et commerciale de puissants groupes financiers occidentaux (Hachette, Nathan, Bordas, Hatier…) qui, s’ils ne détiennent pas la majorité des parts (Le Sénégal, la Côte-d’Ivoire et le Togo détiennent chacun 20°/  du capital des N.E.A.), n’en possèdent pas moins, du fait de la maîtrise technologique, le véritable leadership ». Jacques Chevrier. Op.cit. : 224-225.

[55] Voir Jean-Marc Moura : Op.cit : 152-158.

[56] De ce point de vue il n’y a pas unanimité. Les écrivains adoptent des attitudes différentes. Bernard Mouralis étudie cette situation de concurrence entre « producteurs » dans un article intitulé « Pertinence de la notion de champ littéraire ». Paru dans R. Fonkoua et P. Halen (Edit.) : Les champs littéraires africains. Paris : Karthala 2001 : voir particulièrement pages 66, 67, 68.

[57] Sami Tchak, dans Boniface Mongo-Mboussa: L’Indocilité. Supplément au Désir d’Afrique. Paris : Gallimard 2005: 89.

[58] Voir Littératures, savoirs et enseignement. Actes de colloque. Publiés sous la direction de Musanji Ngalasso-Mwatha. Bordeaux : Presses Universitaires de Bordeaux 2007. L’idée centrale du livre est que « toute littérature est fondée sur une esthétique de la construction-déconstruction des savoirs et sur une poétique  de la formulation-reformulation des langages ».

[59] « Pour une littérature-monde en français ». Manifeste signé par Muriel Barbery, Tahar Ben Jelloun, Alain Borrer, Roland Brival, Maryse Condé, Didier Daeninckx, Ananda Devi, Alain Dugrand, Edouard Glissant, Jacques Dodbout, Nancy Huston, Koffi Kwahulé, Dany Laferrière, Gilles Lapouge, Jean-Marie Laclavetine, Michel Layaz, Michel Le Bris, Jean-Marie-Gustave le Clézio, Yvon Le Men, Amin Maalouf, Alain Mabanckou, Anna Moï, Wajdi Mouawad, Nimrod, Wilfried N’Sondé, Esther Orner, Erik Orsenna, Benoît Peeters, Patrick Rambaud, Gisèle Pineau, Jean-Claude Pirotte, Grégoire Polet, Patrick Raynal, Jean-Luc V. Raharimanana, Jean Rouaud, Boualem Sansal, Dai Sitje, Brina Svit, Lyonel Trouillot, Anne Vallaeys, Jean Vautrin, André Velter, Gary Victor, Abdourahman A. Wabéri. In Le Monde des Livres du 16 mars 2007.

[60] Cf. pour plus de détails Papa Samba Diop : « Le pays d’origine comme espace de création ». Paris : Notre Librairie, No. 155-156 (2004) : 55-61. .

[61] Le terme est de P. Bourdieu : Les règles de l’art. Paris : Seuil 1992 : 101.

[62] A la tête des Etats postcoloniaux se trouvent de moins en moins d’écrivains.

[63] Voir Pierre Bourdieu : Les règles de l’art. Genèse et situation du champ littéraire. Paris : Seuil 1992 : 101.

[64] Ibidem.

[65] Qui quitté Paris pour aller vivre à Berlin (Allemagne) où elle se sent plus libre dans l’expression de ses idées politiques.

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